cheap serif;">cost 0, 0);">Azzedine se rappelle de cet "adieu !" accueillant qu'on lui glissait chaque matin au boulot. Mais c'est avec son sens traditionnel français qu'il le lance à une Savoie dénaturée par le bitume.

Bien que né à Chambé, je n'avais jamais entendu ou plutôt compris ce que voulait dire ici "Adieu". Ce mot que l'on emploie également dans notre bonne langue de Molière pour dire que l'on quitte quelqu'un à jamais, non ? C'est lors de ma première expérience professionnelle que je me suis vraiment posé la question, sans chercher à comprendre, continuant à me demander pourquoi l'on me disait au moment de me serrer la main qu'on ne voulait ou n'allait plus me revoir. Ainsi, quand ce paysan qui, en plus de traire et de moissonner, venait comme moi conduire les bus du STAC, me dit devant la machine à café, vers 6 heures du matin, avec un accent bien de chez lui (car bien qu'étant également du même département, le mien était moins prononcé) : "adieu !", je lui répondis "salut", sans trop savoir où il venait en venir...


Monnaie courante

Son sourire, qui accompagnait ce mot d'adieu, ne pouvait pas signifier autre chose qu'un bonjour mais d'un autre côté, je pouvais également l'interpréter différemment, et monter sur mes grands chevaux en me comportant comme un âne des cités au lieu de lui demander une explication sémantique. Au bout de cet échange cordial bien que furtif, chacun s'en allait prendre le volant de son outil de travail, lui le tracteur, moi la merco, tout deux changés en bus ! Deux mondes bien différents se cotoyant pour la bonne cause, celle de faire rentrer de l'argent, sauf que l'un, peut-être, en avait plus besoin que l'autre. 

Toujours est-il, que ce mot, je l'ai retrouvé, quelques mois plus tard, lorsque je suis parti chez la soeur voisine annécienne, pour faire le même travail, sans deviner que là-bas, j'allais rencontrer davantage de conducteurs venant des alentours de la petite Venise des Alpes, et que fatalement, l'adieu deviendrait monnaie courante au moment de la prise de service... J'avais certainement d'autres priorités à l'époque pour me questionner sur le sens de ce mot presque quotidien. Ce n'est qu'au bout de quelques années, quand même, que je compris que cet adieu me souhaitait la bienvenue en quelque sorte : un bonjour savoyard, sacré vindiou !

La Savoie victime de son succès ? 

Aujourd'hui, ne peut-on pas donner un autre sens à ce mot, le sens que n'importe quelle personne pas habituée à l'entendre lui donnerait : un au revoir à long terme. Cette idée me vient quand je vois ce que devient la Savoie, cette terre riche, accueillante et pleine de charmes, que le reste de la France nous envie. Preuve en est le nombre élevé de personnes venues s'installer dans nos vallées ou sur nos montagnes... Les plaines, très dynamiques, ont également attiré une population très variée, certainement la plus diversifiée de toutes les régions de France.

Alors, la Savoie est-elle victime de son succès ? Si le développement économique n'a pas été capable de gérer de manière raisonnée la construction d'immeubles ou l'émergence de nouvelles villes vu la part exagérée faite au béton, on peut se demander pourquoi aujourd'hui les mêmes erreurs sont répétées ? Pourquoi les agglomérations continuent d'empiéter effrontément sur des terres agricoles ou autres espaces de verdure arborée pour satisfaire des promoteurs toujours plus gourmands ? 

La Savoie ressemble à ces îles paradisiaques que le tourisme de masse a rendue vide de tous ses attraits, puisque tout disparait sous l'érection de bâtiments pour les admirer !

Azzedine Filaz

 

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