En guise de doléances en vue des états-généraux de la Savoie, Rémi Mogenet réclame une éducation régionalisée. Et vous, quels seraient vos souhaits ?

Hervé Gaymard, président du département de la Savoie, en appelle à des états-généraux de la Savoie historique pour sauver ses assemblées représentatives et constituer une collectivité territoriale unique ; c'est bien, mais, à mon sens, il faudra, ensuite, aller plus loin, en réclamant des prérogatives dans l'éducation, en régionalisant l'enseignement. Les programmes d'histoire en France s'appuient sur le territoire français. C'est ainsi que les écoles doivent évoquer les rois de France, les collèges la Restauration en France. Or, la Savoie a eu ses princes propres ; son territoire n'est pas concerné. Peut-on justifier qu'on lui impose une histoire qui n'est pas la sienne ? Il est répondu qu'il s'agit de montrer comment s'est bâti l'État, et élaborée la citoyenneté ; mais en Savoie, l'État français, avec sa citoyenneté, s'est bâti en un jour : celui de l'Annexion, en 1860. Toute l'histoire de l'État français en Savoie est contenue dans cette année 1860. La cause de l'existence de cet État en territoire savoyard n'est pas ailleurs.

Des programmes différents selon les territoires

Les précédents qui ont lié la Savoie à la France ont pu préparer ce rattachement : sous Dagobert, sous Charlemagne, sous François Ier, sous Napoléon. Mais ce n'est même pas forcé : ce n'est pas parce que Napoléon et Louis XIV dominaient l'actuelle Belgique que celle-ci est française. Il n'est pas nécessaire de s'attarder sur ces périodes.
Est-il juste de raconter l'histoire de rois étrangers sans raconter celle des princes qui ont effectivement gouverné la Savoie ? Il faut, je crois, modifier les programmes, et soit imposer à tous les Français d'apprendre aussi l'histoire de la maison de Savoie et des rois de Sardaigne, soit créer des programmes différents selon les territoires.
D'ailleurs d'autres régions sont concernées : les rois de France n'ont pas gouverné la Corse avant Louis XV ; la Corse devrait donc apprendre l'histoire des républiques de Pise et de Gênes, pour les périodes antérieures, et l'intégration de la Corse à la France au XVIIIe siècle.
Et de même pour les autres régions : est-il sensé qu'en Alsace on n'enseigne pas l'histoire du comte de Saxe-Weimar qui a rattaché la province à la France de Richelieu ? Qu'en Franche-Comté on n'évoque pas le capitaine Lacuson, qui a combattu la France de Louis XIII et de Louis XIV avant de plier ? Et bien sûr il faut qu'en Corse l'école évoque Pascal Paoli.

Une culture attachée à l'environnement


La littérature, pareillement, doit intégrer davantage les auteurs régionaux. Car il n'est pas vrai que les programmes soient indifférenciés : celui de l'Agrégation de Lettres, par exemple, contient presque toujours des auteurs qui ont participé à la vie sociale parisienne ; or, il n'est pas vrai que tous les bons auteurs aient été dans ce cas !
Ce n'est pas, de fait, seulement les programmes des écoles et des collèges, qu'il faut changer, mais aussi et surtout ceux des concours de recrutement : eux aussi doivent être régionalisés et adaptés aux particularités locales. La culture ne doit plus être détachée de l'environnement, que ce soit chez les professeurs ou les élèves : la culture n'est pas indépendante de la nature ; elle la prolonge dans l'espace mental. C'est une question d'écologie spirituelle, et il est anormal que les écologistes en France s'accommodent de l'éducation uniformisée et centralisée qui y a cours.

Rémi Mogenet, vice-président du Mouvement Région Savoie.

 

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