Porte-parole de la Confédération paysanne de Savoie, Thierry Bonnamour sera jugé aujourd'hui à Amiens suite à l'action contre la ferme-usine dite des 1000 vaches. Un projet qu'il considère aberrant.

Sortir un fait de son contexte peut lui faire dire tout et son contraire. Une des fonctions de la justice est de restituer le contexte pour juger des mobiles des faits. Nous mettre en cause pour vol aggravé ou recel de vol, c'est comme si une personne, placée au pied d'une falaise, dit voir un mur alors qu'il s'agit d'une chaîne de montagne. Il est évident que les actions syndicales du mercredi 28 mai 2014 dépassent de loin la relation entre Mr Michel Romery et nous-mêmes. En fait, l'acte syndical posé le mercredi 28 est un acte politique, un acte d'interpellation des citoyens. En effet, aujourd'hui, nous sommes à un tournant de notre histoire nationale. La France est de part le monde entier le pays de l'excellence gastronomique. La France, dont la cuisine est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'Humanité, doit se prononcer sur l'avenir d'un pilier de son identité culturelle.

Le projet de société de demain ?

Chaque année, le salon international de l'agriculture de Paris est la vitrine mondiale de cette identité. Tout le savoir-faire paysan de chaque petit coin de France y est exposé, l'ingouvernable aux 300 fromages. Si le choix de la France est d'industrialiser et de standardiser son agriculture, ce salon deviendra un musée, des pans entier de notre économie en pâtiront. Notamment le tourisme, l'hôtellerie, la restauration, les campings souffriront des paysages monotones, et l'attrait de leurs produits typiques disparaîtra petit à petit.

Avec la puissance et la rapidité des machines actuelles, il se peut que dans 10 ans, avec le papy boom et le changement de génération d'agriculteurs, les Français ne reconnaissent plus leur pays avec des usines à vaches à la place des fermes.

Aujourd'hui, les actifs agricoles représentent 3% de la population. Par rapport à il y a 50-60 ans, c'est l'hécatombe ! Avec des usines à 1000 vaches ou plus, ce sera leur anéantissement ! Est-ce le projet des français de vider les campagne de leur population ? Est-ce que les Français souhaitent s'amasser dans les grosses villes ? Est-ce que c'est ça le projet de société de demain : des villes surpeuplées et des campagnes désertes ?

La France terrain de tous les enjeux

Nous, la cinquantaine de personnes présentes sur le site de l'usine à mille vaches, sommes des lanceurs d'alerte et non des voleurs ! Par nos actes, nous interpellons tous les citoyens, afin qu'ils sachent ce qui se prépare. Nous interpellons le gouvernement pour le mettre en face de ses contradictions, des usines ou l'agro-écologie, les deux à la fois, c'est impossible.

Si certains dirigeants haranguent que leur mode de vie n'est pas négociable, nous, les lanceurs d'alerte, engageons tout notre corps pour crier que l'art de vivre à la française est grandement mis en danger par le rouleau compresseur de l'agro-business.

La France, premier territoire agricole européen, est le terrain de tous les enjeux. C'est à nous, les Français, qui avons été souvent les pionniers des luttes sociales, des libertés publiques et individuelles, de montrer à l'Europe que, tout en gardant l'esprit de l'innovation, nous pouvons mettre en place des fermes à taille humaines.
 Des fermes où travailleront des paysans qui auront la liberté d'organiser leurs journées à leur guise et non pas des salariés soumis aux ordres d'un patron.
 Des fermes diversifiées, bien réparties sur tout le territoire rural, des fermes qui répondent aux défis écologiques d'aujourd'hui et de demain, des fermes qui dégagent des revenus pour leurs travailleurs.
L'emploi paysan peut (pourra ?) être l'emploi de demain, sauf avec des usines à vaches !

Un art de vivre non monnayable

Alors, je vous le demande : pourquoi 1000 vaches ? 
Ça n'a pas de sens, pourquoi pas 10.000 vaches ?

Nous, les lanceurs d'alerte, demandons la relaxe, demandons un débat parlementaire sur les fermes-usines, demandons le respect des règles d'urbanisme, demandons une justice qui traite les faibles et les puissants de la même manière, demandons un arrêt immédiat des travaux jusqu'à ce que toute la lumière soit faite sur cette affaire qui sent le gaz...

Paysan, Paysanne, Ouvrier, Ouvrière, Madame, Monsieur, de partout, luttez, combattez, résistez, notre art de vivre ne se monnaye pas !!!

Thierry Bonnamour

 

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