Les chaînes se battent à coup de millions pour diffuser les jeux olympiques, buy mais seul TV 8 Mont Blanc a voulu de la version paralympiques dont elle a récupéré les droits pour un euro. Explication avec Patrice Mallet.

Cet été, there Patrice Mallet a interrompu précipitamment ses vacances. Le directeur de la rédaction de TV 8 Mont Blanc a en effet dû rejoindre d’urgence le siège de la chaîne quand celle-ci a acquis, sales une semaine avant le début de la compétition, les droits des jeux olympiques pour un euro symbolique. On ne parle bien sûr pas de ceux qui ont vu Usain Bolt s’imposer comme la légende vivante du sprint, dont les droits de retransmission se chiffraient en dizaines de millions d’euros. Là, il s’agit de leur version handisport, les jeux paralympiques, une compétition se déroulant également à Londres depuis une dizaine de jours, dont la diffusion en France et en direct se fait exclusivement sur la 8. Avec un Patrice Mallet qui s’est ainsi retrouvé plus vite que prévu derrière un micro pour nous commenter des épreuves délaissées par les autres chaînes. Il est aussi dans La Voix pour expliquer comment notre télé savoyarde est devenue la chaîne paralympique.


Patrice Mallet, pourquoi les jeux paralympiques de Londres se retrouvent-ils diffusés sur TV 8 Mont Blanc ?

Parce que personne ne voulait le faire ! Nous avions déjà diffusé les jeux paralympiques d’hiver depuis ceux qui se sont tenus à Turin en 2006. A l’époque, on s’était rendu compte qu’il n’y avait pas de diffuseur et ça nous avait intéressé, notamment parce qu’il y avait des athlètes savoyards qui faisaient partie de l’équipe de France. On avait alors demandé à France Télévision si l’on pouvait reprendre leur signal pour diffuser les épreuves et ils nous avaient donné leur accord. C’est ce qu’on a refait cette année pour les jeux d’été.

On a pu lire que vous aviez eu les droits de diffusion pour un euro. C’est vrai ?

Attention, ce n’est pas si simple. Il y a les droits, mais aussi la technique et les frais de diffusion que tu es obligé de payer. On a aussi envoyé une équipe sur place pour faire des reportages. Cela va donc nous coûter au minimum 100 000 euros. Mais en fait, France Télévision avait les droits et avait annoncé qu’elle diffuserait ces jeux. Sauf qu’on a appris qu’ils ne feraient finalement que des résumés le soir et pas de direct. On leur a donc demandé s’ils voulaient bien nous laisser les droits comme pour les jeux d’hiver. Et je remercie France Télévision d’avoir accepté.

Quel est l’intérêt pour 8 Mont Blanc de diffuser ces jeux paralympiques ?

On propose de donner une diffusion nationale (ndlr : 8 Mont Blanc est diffusé dans 70% des foyers français grâce aux satellites et aux box) à une compétition qui présente un intérêt pour le public. Parmi les messages que nous recevons, la plupart ne provient d’ailleurs pas des pays de Savoie. Et je trouve ça bien qu’il n’y ait pas de discrimination du côté des athlètes, mais pas non plus du côté des chaînes, avec d’un côté les petites et de l’autre les grandes. Après, ces jeux sont spectaculaires et télégéniques. Il y a des vraies performances, et puis l’enjeu du direct. Dès qu’il y a du suspens, je crois que la télé occupe sa place. Regardez ce 100 mètres où Mandie Elie-François se couche pour contenir le retour de ses adversaires en fin de course. On était nous aussi tous couchés sur la table quand elle franchi la ligne ! C’est de l’émotion, de la performance, et il n’y a pas à parler de handicap.

C’est pourtant bien les jeux handisports.

Oui, mais face à ces athlètes, on est avant tout face à des performances. Il y a un enjeu sportif, une recherche de médailles, et on nous dit beaucoup qu’on ne voit plus le handicap. C’est que les athlètes arrivent à l’adapter à un tel point, comme par exemple ces sauteurs en hauteurs unijambistes qui vont chacun avoir leur technique pour franchir des barres à plus d’1m70. L’un passera en faisant un salto, l’autre en fosbury. Les téléspectateurs vont s’y habituer et ce qui reste à l’arrivée, ce sont justes des humains émus par les aléas de la compétition, comme lors des JO pour valides.

Comment expliquer que cela n'intéresse aucune chaîne de télé ?

Je ne sais pas, mais de notre côté, nous n’avons pas hésité à casser notre grille pour faire place à ces JO et nous ne le regrettons pas. On est même fier de faire ce que les autres ne font pas. Cela prouve que la télé ne se fait pas qu’à Paris et qu’on peut faire des choses même si l’on n’est pas installé sur les bords de la Seine.  Maintenant, je pense que ce seront les derniers jeux paralympiques diffusés comme ça. Il y a désormais un tel attrait pour cette compétition. C’est incroyable de voir ce mardi matin un stade de 80 000 places rempli. Je crois donc qu’on a ouvert une voie que les chaînes n’avaient pas encore sentie. On a testé ça, on a défriché le terrain, et ça devrait maintenant inspirer les autres.

Pour cela, vous êtes sorti dans votre cadre habituel qui est la télé des Pays de Savoie ou celle de la montagne.

On s’appelle TV 8 Mont Blanc, mais on peut aussi diffuser Les artisans du changement, un programme consacré à des gens qui font des choses biens pour la nature à travers le monde. On est une chaîne de territoire, celui des pays du Mont Blanc, et on le montre, mais cela n’empêche pas d’aller chercher des programmes qui rassemblent au-delà. On est capable de faire des choses intelligentes et de ne pas se contenter de dire : regarder notre région comme elle est belle. Il faut éviter de tomber dans l’étroitesse pays de Savoie. Alors bien sûr qu’on est fier de notre région, de notre drapeau savoyard, mais on peut aussi dépasser ce territoire du Mont Blanc qui n’est d’ailleurs lui-même pas limité à la France, puisqu’il concerne trois pays.

Que retenez-vous finalement de ces jeux paralympiques ?

Déjà qu’on avait plus l’expérience des jeux d’hiver et qu’il faut parfois un peu de temps pour comprendre les différentes disciplines. Mais je suis surtout émerveillé par l’engouement populaire quand je vois que deux millions de places ont été vendues. Et puis au niveau des retours du public, on explose tout ce qu’on a pu connaître jusque-là. On voit donc que si on fait ce genre de choses, les téléspectateurs viennent à nous.

Mais parmi des épreuves que vous commentez cette année, lesquelles vous ont marqué ?

Le saut en hauteur des unijambistes que j’ai déjà évoqué, ou le saut en longueur pour déficients visuels avec l’entraîneur qui donne le rythme et indique le moment de l’appel. Face à cela, au début, on peut jouer au voyeur avec des gens qu’on avait pris l’habitude de cacher, mais on se rend vite compte que c’est beau. Je pense par ailleurs que dans vingt ans, on verra des performances supérieures à ce qui existe chez les valides. Les prothèses, ça pourraient devenir des bottes de sept lieux grâce à la technologie ! Le surhomme, ça sera donc peut-être un homme doté de prothèses. Et le handisport pourrait contribuer à faire avancer la science.

On pourrait presque voir ça comme une nouvelle forme de dopage…

Non, car je ne parle que de mécanique, et c’est une performance extraordinaire que de faire marcher des gens amputés. Le dopage, c’est autre chose, même s’il faut bien savoir que ça existe aussi dans l’handisport. Il y a d’ailleurs eu des contrôles positifs à Londres. Mais là, je pense à l’importance de la technologie, de la technique, et on le voit bien quand Pistorius (ndlr : athlète handicapé ayant participé cet été aux jeux de Londres pour valides lors de l’épreuve du 400 m) se fait battre par un jeune Brésilien : il enrage de voir que ce dernier a une prothèse plus performante.

Et au niveau de la vôtre de performance, savez-vous quelle est votre audience pendant ces jeux paralympiques ?

A la différence des chaînes parisiennes, nous ne disposons pas d’un audimat quotidien, donc nous n’avons pas de véritable mesure d’audience. Mais je suis convaincu qu’on arrive au million de téléspectateurs (ndlr : la moyenne de l’audience de la 8 pour son émission vedette La Place du village est d’environ 200 000 spectateurs, et 500 000  avec les rediffusions).

Diffuser ces jeux paralympiques est donc pour vous un très bon coup.

On fait notre boulot et on ne se pose pas ce genre de question, d’autant qu’on peut aussi avoir des gens qui ne veulent pas regarder ça et donc perdre du public. Alors tant mieux si on multiplie par deux notre audience, mais plus qu’un bon coup, je considère ce que l’on fait avec ces JO comme quelque chose d’utile.

Propos recueillis par Brice Perrier

 

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