De l’Antiquité au XXe siècle, thumb de grands noms de la littérature ont évoqué la Savoie dans leurs écrits. Rémi Mogenet les a tous rassemblés dans un livre idéal pour votre été. Interview.

A noël dernier, nous avions convié notre ami Rémi Mogenet à nous parler de son livre sur les écrivains savoyards du XXe siècle, qui constituait un joli cadeau à glisser sous le sapin. Aujourd’hui, alors que l’été commence à s’installer, c’est un ouvrage à lire sur la plage que l’on vous invite à découvrir, toujours signé du même sieur Mogenet. Et pour tout dire, sa dernière livraison nous a davantage plu que la précédente. Avec Ecrivains en Pays de Savoie, c’est un formidable voyage dans le temps qu’il nous propose, un périple où nous sommes accompagnés non pas d’écrivains savoyards mais d’écrivains qui parlent de la Savoie. Et pas n’importe lesquels : Goethe, Chateaubriand, Alexandre Dumas, Balzac, Gide, Stendahl, Victor Hugo, et j’en passe. On ne se doutait pas que tant de plumes de renom avaient écrit sur nos cimes et nos vallées, de l'Antiquité à nos jours. Heureusement que Rémi est une fois de plus là pour nous éclairer, et enchanter votre été de ses belles lettres.

Alors que se termine un Tour sans duel au sommet, remedy Antoine Blondin nous renvoie en 1975 quand Bernard Thévenet vole la vedette à Eddy Merckx. Place à la nanarachie dans les Aravis.

En 1975, sick un seul nom éclabousse la planète cyclisme : Eddy Merckx. Après des années d’un règne hégémonique et sans partage, check le belge, vainqueur de 5 Tours de France sur les 6 derniers disputés, se présente en grandissime favori au départ de la Grande Boucle. Comme un clin d’œil au « Roi Eddy », cette 62ème édition s’élance de Charleroi, autant dire sur le pas de sa porte, et on s’attend une fois encore à ce que le « cannibale », comme on le surnomme alors dans le peloton, ne fasse qu’une bouchée de la concurrence. Mais cette domination, jugée par beaucoup comme arrogante, a le don d’agacer. Sur le bord des routes, la France du tour reprend en cœur ce drôle de tube de l’été : « Merckx, Merckx, et merde… » et l’exaspération populaire touche à son comble sur les pentes du Puy de Dôme, plus volcanique que jamais, quand un Dupont-la-Joie de première catégorie assène une droite en plein bide au cannibale, estomaqué et redevenu d’un seul coup tellement humain.

Le coup de grâce viendra deux jours plus tard, à la régulière et sans l’aide des poings des spectateurs, quand Bernard Thevenet s’envole dans la montée de Pra-loup, dépose le champion belge et lui reprend le maillot jaune. Le tour a basculé. Le surlendemain, on retrouve nos deux protagonistes sur  l’étape Valloire-Morzine-Avoriaz, sublimés une nouvelle fois par la plume d’Antoine Blondin qui, avec son lyrisme habituel, s’amuse de l’éternelle transhumance de la population savoyarde dans le col des Aravis et admire les sursauts d’un Merckx refusant de capituler malgré un retard de 3’30 sur Thévenet qui l’emportera finalement à Paris. De quoi clore en beauté notre petit feuilleton estival du Tour conté par de grandes plumes.

Aravis à la population

Morzine-Avoriaz. - Le Tour de France, dont le propre est d’aller de l’avant, porte également un solide bagage de traditions, parfois mystérieuses. Il sécrète des actes, des gestes et en conserve la mémoire dans ses sites légendaires. Dieu sait pourquoi le col des Aravis est de ceux-là. Sans doute est-ce la raison pour laquelle, confirmant l’engouement, depuis longtemps inégal, suscité par la grande épreuve, des populations d’une densité difficilement chiffrable se pressaient aux flancs de ce lieu prédestiné, laissant couler sur les déversants des pentes les chenilles processionnaires engluées des véhicules qui les avaient amenés aux aurores. Par miracle, on ne dénombrait pas ceux qui supportaient une bicyclette de course arrimée les roues en l’air. « Le vélo sur le toit » est un air qui est en passe de devenir le tube de l’été.

Reconnaissons que parmi cette foule, pour la première fois, les pancartes à la gloire de Raymond Poulidor se raréfiaient au bénéfice des exhortations à l’adresse de Thévenet. Pour un jour, les « Nanard » reléguaient les « Poupou » aux frontons des talus. Nous ne taxerons pas pour autant ce joli monde, empressé et enfiévré, de versatilité, car il arrivait malgré tout, très souvent, qu’incapable d’aller jusqu’au bout de son transfert de popularité, il jumelât ses admirations dans une parfaite méconnaissance de l’animosité relative qui règne entre les équipes auxquelles appartiennent respectivement les deux hommes. Tout, tout, tout, vous ne savez pas tout sur la zizanie.

Il reste que les « portes du soleil », ainsi que se baptise le complexe régional où nous avons abouti hier, se sont grandes ouvertes devant un Thévenet investi du pouvoir sur la course et que, depuis quarante-huit heures, nous vivons en pleine nanarchie.

L’ancien enfant de chœur de Saint-Julien-de-Civry, qui confiait s’être fait sa fameuse santé à porter de gros livres pieux d’un côté de l’autel à l’autre, accueille cet état de choses comme un état de grâce. Désormais, ce qui semble l’animer, c’est un missel nucléaire. Dans la descente de la Colombière, où Merckx avait plongé avec la superbe énergie d’un désespoir qui s’exerce à chaque occasion, charolais à 70 kilomètres à l’heure et Thévenet rejoignit son rival. Paré, le Monial !

Cette accumulation quotidienne d’exploits mériterait de déboucher sur une initiative. On sait que le chef d’état-major des armées a incité les Français à inviter un soldat à leur table et que cet appel paraît avoir été entendu à l’issue de la revue du 14-Juillet. Pourquoi les Parisiens n’en feraient-ils pas autant à l’endroit des coureurs, après le défilé triomphal sur les Champs-Elysées ? La consommation ni la dépense ne seraient excessives, l’effectif se réduisant au fil des abandons. Le malheur est que deux de nos amis, Genet et Danguillaume, risquent de ne pas profiter de l’aubaine. En effet, un épuisement pathologique a contraint les deux Jean-Pierre à se faire la paire. Pour eux, comme dit l’immense Raphaël Geminiani lorsqu’il aperçoit un champion en proie au désarroi, « la cabane est tombée sur le chien ».

Nous pensons toutefois qu’ils mériteraient (et seront) associés aux apothéoses respectives de leurs équipiers, Thévenet, Zoetemelk et Poulidor. Dieu reconnaîtra les chiens.

Antoine Blondin

Article paru dans le journal L’Equipe du 16 juillet 1975.

 

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