Alors que le début du percement du tunnel international est annoncé sous couvert de reconnaissance, more about les opposants au Lyon-Turin soupçonnent ses promoteurs de poursuivre les travaux en catimini. Décryptage.

En avril dernier, try les opposants au Lyon-Turin portaient plainte contre X, auprès du parquet de Paris, pour préjudice à l'intérêt public. Dans leur viseur, l'appel d'offre lancé le 22 décembre 2012 par Lyon-Turin ferroviaire (LTF) afin de creuser, en Maurienne, de nouvelles galeries de reconnaissance du futur tunnel transfrontalier. Celui-ci évalue le montant des travaux dans une fourchette comprise entre 250 et 500 millions d'euros, tandis que les médias italiens révélaient dès avril 2012, soit 8 mois avant la publication de l’appel, un montant de 450 millions. « Cette divulgation du montant de l'évaluation interne de la société LTF est interdite et porte préjudice à l'intérêt public en limitant la compétition à la baisse. Elle empêche le libre fonctionnement de la concurrence et fait obstacle à ce que les propositions des candidats soient tirées vers le bas, et que soit obtenue la meilleure offre économique », estime Daniel Ibanez, l’un des quatre signataires de la plainte.


Cet appel d'offre contesté sur le terrain judiciaire prévoit, sur une période de 120 mois, la réalisation « d'une galerie de reconnaissance du tunnel de base au tunnelier sur 9 km environ pour la portion située entre les descenderies de Saint Martin la Porte et de La Praz », ainsi qu'« une galerie de reconnaissance du tunnel de base de 1,6 km environ à partir du PK10 environ ». Ces deux galeries font suite aux descenderies de reconnaissance achevées en 2010 par LTF. Pour Daniel Ibanez, « ce creusement, qu'ils appellent « galerie de reconnaissance », est en réalité un creusement horizontal entre les pieds des descenderies de Saint Martin la Porte et de La Praz. Il ne s'agit plus d'études et de reconnaissance, mais belle et bien du creusement d'un tunnel au diamètre du tunnel de base ». Elle deviendrait ensuite, de fait, une première section du tunnel international : « c'est une nouvelle fois la politique du fait accompli en violation de l'accord et du traité franco-italien qui interdit le démarrage des travaux avant financement et expertise indépendante ».

Réalisation d'un tube définitif

Pourtant, l'appel d'offre du 22 décembre dernier ne parle que « d'un tunnelier dans l'alignement du tube Sud du futur tunnel de base » dont il est prévu « le montage et le démontage et l'évacuation ». Sauf qu'en consultant le rapport financier 2011 de LTF, on découvre qu'il vise bien à « la réalisation d'une galerie de reconnaissance au tunnelier dans l'axe du tube sud et au diamètre du tunnel de base ». On y repère également que trois forages horizontaux ont déjà été réalisés pendant l'été 2011, dans le cadre d'un « programme de reconnaissance préparatoire ». Deux d'une longueur de 300 et 355m au pied de la descenderie de Saint-Martin-la-Porte et un de 400m au pied de celle de La Praz. L'industriel suisse en charge des forages confirme sur son site web le creusement de ces galeries.

Dans une interview accordée au Parisien Magazine et parue début mai, Louis Besson révèle qu’avec la nouvelle galerie de reconnaissance soumis à l'appel d'offre, la France et l’Italie ont en fait  « engagé la réalisation d’un tube définitif du tunnel ». Il confie aussi qu'il est « évident que l’on ne va pas reboucher ce qui a été creusé ». On comprend mieux ainsi le délai de 10 ans accordé pour la réalisation de ces travaux. Et avec cette déclaration, le co-président de la Commission intergouvernementale franco-italienne du projet Lyon-Turin conforte les soupçons de politique du fait accompli émis par les opposants aux Lyon-Turin depuis quelques mois. Daniel Ibanez n'en demandait pas tant : « s'il ne s'agit pas de galeries de reconnaissance, il est étonnant que ces travaux soient financés à 50% par une subvention de l'Union européenne strictement réservée aux études de reconnaissance. Je crois qu'il y a là encore un sérieux problème d'utilisation de l'argent public ! »

Visite du chantier par les parlementaires

Et en 2012, les travaux ont-ils continués sans que les Savoyards ne soient mis au courant ? « Je ne crois pas un instant qu'il ne se soit rien passé l'an dernier et qu'ils n'aient pas poursuivi ces creusements dans le plus grand secret », indique Daniel Ibanez. En consultant le rapport des commissaires aux comptes relatif aux comptes annuels 2012 de LTF, on découvre que 3,6 millions d'euros ont été affectés aux descenderies savoyardes à la section « immobilisation en cours de construction ». Or le rapport financier 2012 de LTF stipule que les derniers travaux ont été achevés en 2010 et que seul des « opérations de maintenance ont été engagés et se poursuivront jusqu'au démarrage des travaux de l'ouvrage principal ». Pas de quoi convaincre Daniel Ibanez, pour qui il ne fait aucun doute que « les promoteurs du Lyon-Turin ont continué à faire des travaux alors que rien ne les y autorise ».

Pour tenter d'y voir plus clair quant à la réalité de ce chantier transfrontalier, des parlementaires français et italiens vont visiter très prochainement la descenderie de Saint-Martin-la-Porte. Le 4 juin dernier, le président de LTF a en effet accepté cette requête formulée le 22 mars dernier par des sénateurs italiens après la manifestation monstre qui a eu lieu dans le Val de Suse. D'ici là, les opposants au Lyon-Turin pensent obtenir de la justice française l'annulation de l'appel d'offres et ainsi bloquer le début des travaux prévus en 2014. Et il y a urgence, s'ils souhaitent éviter que les Savoyards se retrouvent avec un tunnel partiellement creusé alors que sa réalisation est de plus en plus contestée. Dans six mois, il sera peut-être trop tard. Car en lançant le début du percement du tunnel international, un gigantesque chantier serait alors véritablement engagé, alors même que la situation tant politique qu’économique ne permet pas d’assurer qu’on en verra un jour le bout.

Mikaël Chambru

Photos : LTF

 

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