A Albertville, medical les guerrières du dimanche en sont à leur 88ème jour de grève. Elles manifestent toujours contre le travail dominical que leur impose leur direction. Visite au front sur le parking d'ED.

Le 15 mars dernier, les six caissières grévistes du magasin ED d'Albertville étaient devant le tribunal de Chambéry poursuivies par leur employeur pour avoir bloqué l'accès au magasin dans le cadre de leur mobilisation hebdomadaire contre le travail dominical obligatoire (voir notre reportage). Le 14 avril, la justice leur a une nouvelle fois donné raison, comme le 7 septembre 2010 (voir notre reportage). Depuis Corinne, Peggy, Marie-Anne, Valérie, Agnès et Valérie tiennent bon et sont toujours, chaque dimanche, sur le parking avec celles et ceux qui les soutiennent. Du coup, le 19 juin, La Voix est retournée à Albertville pour voir où elles en sont de leur lutte pour le droit au repos dominical. Ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas encore gagné pour les caissières. Plus que jamais, le bras de fer continue.

Convaincre les consommateurs pour gagner la lutte ?

Sur le parking albertvillois, une soixantaine de personnes sont à nouveau présentes ce dimanche matin vers 10h30, bravant les caprices de la météo. Ce sont tous des habitués. Quelques un essayent encore, tracts « oui au repos dominical » à la main, d'inciter les consommateurs à ne pas aller faire leurs courses le jour du seigneur. « Pourquoi allez-vous au supermarché aujourd'hui ? », lance un des soutiens des caissières à un automobiliste qui quitte le parking. « Je suis juste allé acheter du pain », lui rétorque ce dernier. « Mais pourquoi ne pas aller plutôt dans une boulangerie du centre-ville ? » Et l'automobiliste d'esquiver en montrant le responsable de l'union locale CGT : « Je connais Bernard, j'ai travaillé avec lui sur les chantiers. » Il quitte le parking. Le résultat ne sera guère plus concluant avec les autres clients. « Je suis dépité ! », lâche Valérie, une des six caissières grévistes. En fait, inciter les consommateurs à ne pas aller faire leurs courses semble de plus en plus peine perdue. « Si nous n'arrivons pas à avoir les consommateurs avec nous, on a tout perdu », analyse Bernard Anxionnaz. Mais le prêtre ouvrier, fer de lance de la mobilisation depuis le 11 octobre 2009, veut encore y croire (voir la vidéo)

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C'est dès le début du mois prochain que les guerrières du dimanche espèrent pouvoir se retrouver autour d'une table avec leur employeur pour entamer des négociations, avec le maire d'Albertville en arbitre. « Je pense que comme l'an passé, ils ne viendront pas », regrette d'ores et déjà Fabienne Guillot, responsable CGT Commerce. Sans attendre, Corinne, Peggy, Marie-Anne, Valérie, Agnès et Valérie ont potassé des textes de droits depuis janvier dernier pour modifier elles-mêmes le code du travail en ajoutant un alinéa supplémentaire à l'article L. 3132-13 – qui autorise le travail dominical jusqu'à 13 heures dans les commerces alimentaires – afin de faire en sorte que ce dernier soit sur la stricte base du volontariat. Pour y parvenir, elles ont, en quelques mois, rencontré l'inspection du travail, écrit au ministre du Travail Xavier Darcos, discuté avec Bruno Dupuis le conseiller du ministre en charge de la santé et des conditions de travail. Elles ont aussi participé au rassemblement des Glières « citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui », tenu plusieurs réunions publiques, rencontré les différents députés et sénateurs savoyards, tout comme la Préfecture de Savoie. « On nous a expliqué que rien ne bougera avant 2012 et qu'en l'état actuel, il n'y a aucun moyen judiciaire de contraindre la direction du supermarché à faire respecter le droit au repos dominical  », résume Fabienne Guillot. 

ED devant la justice dans « l'affaire d'Oyonnax »

Bref, la situation n'a pas vraiment évolué dans la cité olympique. Seul changement notable, le supermarché ED est devenu un magasin DIA le 3 juin dernier. « Pour nous, cela n'a rien changé. On nous oblige toujours à travailler le dimanche », explique Valérie. Le 8 juin, Etelvina Fernandes – qui est venue à plusieurs reprises à Albertville soutenir les guerrières (voir notre reportage) – et ses deux collègues de travail du magasin ED d'Oyonnax licenciés le 12 juin 2009 pour « insubordination et refus de se plier au planning », se sont retrouvées aux Prud'hommes de Créteil. Aucun compromis n'a été trouvé. « Si la direction d'ED nous proposait quelque chose, c'était reconnaître qu'elle avait eu tort de nous licencier », expliquait à la sortie du tribunal Etelvina Fernandes. La décision a été renvoyée au 11 octobre prochain. « Je n'attends pas la décision seulement pour moi, mais pour beaucoup de caissières de magasins qui pourraient ouvrir le dimanche. S'ils ne me donnent pas raison, je suis prête à aller devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme », précisait-elle à nos confrères du Progrès

En 2030, toujours sur le parking le dimanche ?

A Albertville, on espère que la future décision du juge des prud'hommes, qu'on envisage ici forcément allant dans le sens des trois caissières licenciés, puisse servir de jurisprudence pour reconnaître le droit à une vie de famille le dimanche. On n'hésite pas non plus à mettre cet espoir en perspective avec un récent rapport de l'Organisation internationale du travail (OIT) demandant « au gouvernement français de poursuivre l'examen avec les partenaires sociaux [de la nouvelle législation sur le travail dominical] sur le plan pratique, en tenant compte des considérations tant sociales qu'économiques ». Et Michel, du collectif de soutien aux caissières grévistes, de rêver à un grand mouvement social européen contre le travail dominical : « il se passe des choses aussi en Allemagne, en Espagne et en Italie ». D'ici là, c'est toujours à Albertville que cela se passe. Sur le parking, dimanche, une habituée lit un poème de politique fiction - « supplique pour le dimanche » - qu'elle a écrit pour soutenir les guerrières. « Nous sommes en 2030. La Suisse, pays de banquiers, a annexé la France... » (voir la vidéo)

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Mikaël Chambru

 

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