Et de dix-huit. Les trains de déchets atomiques continuent de traverser le département de la Savoie, no rx de Modane à Aix-les-Bains. Cela dure depuis 2007, dans l'opacité complète.

« Circulez y a rien à voir ! » C'est le message véhiculé depuis quatre ans par l'Etat français qui ne souhaite pas faire savoir que des déchets nucléaires transitent régulièrement par la Savoie. Un nouveau convoi atomique est passé aujourd'hui, lundi 9 mai, transitant par les différentes gares du département : Modane, Saint-Jean-de-Maurienne, Montmélian, Chambéry et Aix-les-Bains pour ne citer que les plus importantes. En provenance d'Italie, ce train transportant du combustible usé hautement radioactif va rejoindre d'ici mardi le terminal ferroviaire de Valognes (Manche). Ce sont une nouvelle fois les militants écologistes de Sortir du nucléaire 73, via leur inspection citoyenne, qui ont rendu public l'existence de ce transit, son parcours et ses horaires. Mais s'ils n'étaient pas là pour évoquer le sujet et rappeler que la France sert aujourd'hui de poubelle nucléaire, qui le saurait ?


Précédé quelques minutes plus tôt par un hélicoptère, c'est aux alentours de 13 h 15 que le convoi atomique a transité par le centre-ville de Chambéry ce lundi 9 mai devant les militants anti-nucléaires savoyards. « Une fois encore, ce transport n'est annoncé nulle part et aucune mesure n'est prise pour assurer la protection de la population. Le nucléaire et la démocratie ne font pas bon ménage », expliquent-ils au passage du train. Pour Sortir du nucléaire 73, ce transport est à haut risque pour les cheminots, voyageurs et riverains, mais aussi et surtout inutile. « Le “traitement“ des déchets engendre des risques et des transports supplémentaires, il ne diminue pas la radioactivité, mais contamine de manière irréversible la pointe du Cotentin en rejetant des effluents chimiques et radioactifs dans l'eau et l'environnement. » Une augmentation du taux de radioactivité qui a d’ailleurs été relevée quelques heures auparavant en Italie par le Rete Nazionale Aninucleare lors du passage du convoi (écoutez l'interview de son porte-parole, Massimo Grec, en italien).

Manifestation réprimée cette nuit en Italie

Avant d'arriver à Chambéry, le convoi atomique a franchi la frontière italienne à la hauteur de Modane vers 11 heures. Il était parti la veille, à 2h40 du matin, de Vercelli, en Italie. Quelques heures plus tard, lors de son passage du côté de Avigliana vers 5h20, environ 200 manifestants ont été « très fortement réprimés » par la police italienne alors qu'ils tentait de stopper pacifiquement le train en stationnant sur les voies de chemin de fer, comme nous pouvons le voir ci-dessous sur des photos publiés par Lastampa.it. « Des centaines de policiers anti-émeute ont encerclé nos camarades. L'attaque a été immédiate et très violente, il y a plusieurs blessés. Tout cela pour permettre le passage du train radioactif », raconte un militant anti-nucléaire italien. Le 7 février dernier, lors du précédent convoi, une manifestation italienne qui tentait elle-aussi de stopper le convoi, cette fois-ci en gare de Chiusa San Michele (Val de Suse), avait déjà été fortement réprimées.


Ce convoi atomique est le 18eme du genre à traverser la Savoie, le deuxième en provenance de Sallugia (Piémont italien). Au total, ce sont 235 tonnes de déchets nucléaires italiens qui doivent, à terme, venir à La Hague. « Pour survivre, l’industrie nucléaire n’hésite pas, en faisant semblant de gérer ses déchets étrangers, à transformer la France en une véritable poubelle du nucléaire », souligne également Sortir du nucléaire 73 dans un tract distribué depuis maintenant quatre ans en Savoie. Et en échange de la prise en charge par la France de ce combustible usé hautement radioactif, Enel, l’électricien italien, s'est engagé en 2007 à participer au financement de l'EPR à la hauteur de 12,5%. C'est que l'on appelle « un troc nucléaire ».

Des convois atomiques en Savoie depuis décembre 2007

Ces convois atomiques ne sont donc pas nouveaux dans notre département. Le premier transit remonte au 17 décembre 2007. A l'époque, les militants savoyards, vêtus de combinaisons de protection, avaient pénétrer à l'intérieur de la gare SNCF de Chambéry pour y déployer une banderole « 235 tonnes de déchets radioactifs dans votre gare ». C'était la première action d'information de la population menée par Sortir du nucléaire 73. Et leur message était déjà le même qu'aujourd'hui : « nous réclamons une totale transparence sur ces transports et l’ouverture d’une concertation avec les pouvoirs publics afin que les citoyens savoyards soient informés sur la nature de ce convoi et des risques potentiels qu’ils encouraient en cas d’incident », expliquaient-ils.

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Ensuite, toutes les six semaines environ, deux à quatre wagons de déchets radioactifs ont transité par la Savoie... sous les drapeaux de Sortir du nucléaire 73. Car à chaque fois la situation était la même : « une fois de plus, le passage a été rendu public par nos soins, la préfecture préférant l’opacité. » Pendant deux ans, les militants savoyards n'ont pas manqué un convoi atomique, faisant le travail d'information que se refuse toujours à faire l'Etat. Ils ont organisé des inspections citoyennes et des actions coup de poing tout au long du trajet savoyard de ces trains, jouant à cache-cache avec les forces de l'ordre. Ils se sont parfois approchés à quelques mètres du convoi atomique,  comme nous pouvons le voir sur la vidéo ci-dessus. « Après notre première action en décembre 2007, la gare était systématiquement fermé pour nous empêcher d'informer les voyageurs de la SNCF par plusieurs dizaines de policiers. Régulièrement, nous avions aussi le droit à un hélicoptère qui survolait la voie ferrée et des camions de gardes mobiles qui suivaient le train par la route. »

Toujours pas d'information de la Préfecture sur ces convois

Le 15 janvier 2009, les militants anti-nucléaires savoyards s'interrogent dans une lettre ouverte adressée au Préfet à propos de son silence depuis plus d’un an sur les trains de déchets radioactifs : « l’association Sortir du nucléaire Savoie doit-elle se substituer à la Préfecture ? » Dans un reportage diffusé quelques jours plus tard sur France Bleu pays de Savoie, un journaliste de la radio publique s'interroge « l’Etat appliquerait-il la politique de l’autruche sur ces transports ? »... ce à quoi lui répond son interlocuteur à la Préfecture : « il est légitime que la population soit au courant (…) et que si on est sollicité en matière de communication, on répond bien volontiers parce qu’il est légitime que la population soit au courant ».

Le 6 mars 2009, Sortir du nucléaire 73 décide alors d'écrire à la Préfecture pour connaître « quelles sont les dispositions prises par la préfecture de manière préventive, afin d’alerter et d’informer la population en cas d’accidents/d’incidents, lors du passage de ces trains ? A quel moment pensez-vous informer la population de la marche à suivre en cas d’accident/incident ?  Quels sont les moyens (humains et matériels) dont disposent les mairies et la préfecture pour intervenir ?  En cas d’accidents/d’incidents, qui a la responsabilité du convoi ? » Les anti-nucléaires savoyards écrivent également au Service Départemental d'Incendie et de Secours (SDIS) pour connaître « Quels sont les moyens (humain et matériel) dont vous disposez pour intervenir ? Quels entraînements et formations sont dispensés aux personnes qui devraient intervenir en cas d’accidents ou d’incidents ? Quelles règles de sécurité spécifiques existe -t-il pour la circulation de ces convois ? »

Depuis mars 2009, ces deux courriers sont restés sans réponse et les convois atomiques continuent de traverser la Savoie régulièrement. Comme ce lundi 9 mai. « Circulez y a rien à voir ! » En Savoie, les convois atomiques ne sifflent pas.

Pierre-Emmanuel Desgranges

 

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