Après 42 jours de grève, what is ed c'est désormais sur le terrain judiciaire que s'affrontent six salariées du magasin ED d'Albertville et leur direction. L'enjeu est toujours le même : le droit au repos dominical.

Depuis le 11 octobre 2009, Corinne, Peggy, Marie-Anne, Valérie, Agnès et Valérie - toutes caissières au magasin ED d'Albertville - sont en grève chaque dimanche. Cela fait 42 semaines que ça dure. La raison ? Elles refusent le travail dominical que leur impose leur direction. Et pour faire entendre leur voix, celles qu'on surnomme les guerrières du dimanche n'attendent pas sagement le retour du lundi : elles se rassemblent le jour du seigneur sur le parking du supermarché pour inciter les consommateurs à ne pas faire leurs courses le dimanche, avec autour d'elles des Albertvillois les soutenant dans leur lutte. Nous les avions rencontrés le 16 mai dernier (voir la vidéo).

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La justice plutôt que la négociation ?

Voulant mettre un terme à ces manifestations et n'entendant pas négocier avec ses six salariées, la direction d'ED (groupe Carrefour) décide de se tourner début mars vers la justice. Elle obtient le 24 du mois une ordonnance du tribunal de grande instance demandant « le libre accès au magasin, au parking et aux dépendances ». Les guerrières du dimanche et leurs soutiens en prennent acte, choisissant de ne plus bloquer l'accès au magasin tout en continuant de manifester chaque dimanche. Ce changement d'attitude est très nette si l'on compare notre reportage vidéo du 16 mai à celui réalisé par la TVNetCitoyenne le 21 février. Alors que les rassemblements se succèdent, la Préfecture et la municipalité d'Albertville tentent plusieurs médiations au cours du printemps... en vain. Estimant que ces manifestations portent encore préjudice à l'activité du magasin toujours ouvert les jours de grèves et qu'il y a « violation des termes de l'ordonnance », la direction d'ED décide au début de l'été d'assigner au tribunal ses six salariées pour occupation illégale du parking et blocage du magasin.

Le 17 août, Corinne, Peggy, Marie-Anne, Valérie, Agnès et Valérie se retrouvent donc devant le juge d'exécution du tribunal d'Albertville. Dans la salle, les soutiens aux "filles d'ED" sont nombreux. Près de 200 personnes selon TV8 Mont-Blanc. Certains n'ont même pas pu rentrer faute de place. Malgré la volonté affichée par la défense de politiser cet épisode judiciaire en faisant glisser le débat autour du droit au repos dominical, c'est bien sur le respect ou non de l'ordonnance du tribunal de grand instance que le tribunal se prononcera. Autrement dit, il devra dire si les six salariées d'ED en grève ont, oui ou non, empêché les clients d'entrer dans le magasin chaque dimanche depuis le 24 mars.

« Manipulation volontaire » de la direction d'ED le 24 mars ?

Cette ordonnance, Maître Darves-Bornoz - l'avocat des six salariées - la conteste. Il reproche à la direction d'ED d'avoir eu recours à une ordonnance sur requête, c'est-à-dire d'avoir demander au tribunal de grande instance de statuer provisoirement sur la situation de façon non contradictoire, et donc d'avoir éluder le débat de fond : à savoir le droit au repos dominical. Maître Probst, l'avocate d'ED, justifie cette procédure, arguant que la direction du magasin ne connaissait pas l'identité et l'adresse des manifestants parmi lesquels figuraient six de ses salariées. Etonnant tout de même qu'un employeur ne sache pas qui il emploie...

Mais une fois l'ordonnance du 24 mars rendue, la direction d'ED retrouvera très vite les dites informations pour assigner ses six salariées au tribunal. De son côté, Maître Darves-Bornoz se demande pourquoi l'assignation ne concerne que les guerrières du dimanche et pas aussi les centaines d'Albertvillois qui les soutiennent et qui manifestent avec elles. Maître Probst explique quant à elle ne connaître l'identité d'aucun de ces individus, s'appuyant cette fois-ci sur des constats d'huissier indiquant un refus de la part de ces derniers de s'identifier. Pourtant, il suffit de lire  Le Dauphiné Libéré ou de regarder France 3 pour obtenir quelques uns des noms de ces manifestants :  Monseigneur Ballot - archevêque de Chambéry -, Philippe Masure - maire d'Albertville -, Antoine Fadiga - conseiller régional -, Florian Drouet - maire de Tours-en-Savoie... Pour leurs adresses, quelques clics de souris et le tour est joué. Une poignée de minutes auraient donc suffit à la direction d'ED pour les assigner eux aussi en justice.

Maître Darves-Bornoz fait également remarquer que l'assignation des six salariées, et non de leur soutien, s'apparente à une attaque au droit de grève, puisque selon lui, ce dernier peut légitimer le fait d'occuper son lieu de travail (ce qui se passe dans la plupart des grèves). A l'inverse, leurs soutiens, qui, eux, ne sont pas des salariés de l'entreprise en grève, auraient dû être assignés par ED devant le tribunal le 17 août.

La Voix s'invite malgré elle à l'audience

Pour Maître Probst, il y a bien eu, de la part des six salariés d'ED, « violation des termes de l'ordonnance : les manifestants sont restés sur le parking et les clients ont été empêchés d'entrer dans le magasin. » Selon elle, les constats d'huissier l'attestent... ainsi qu'une vidéo qu'elle propose de visionner à plusieurs reprises au cours de l'audience. Selon toute vraisemblance, il s'agirait du reportage que nous avions tourné le 16 mai et diffusé le 20 sur notre site. Mais dans cette vidéo, la centaine de manifestants ne bloque pas l'entrée du magasin : ils se trouvent sur une dizaine de places de parking et les voitures peuvent circuler librement autour du rassemblement. D'ailleurs, une séquence non incluse dans le montage final de notre reportage vidéo l'atteste sans ambiguïté (voir la vidéo).

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Au cours de notre tournage, contrairement à ce qu'affirme la direction d'ED et comme on peut le voir dans cette séquence, les rares clients du magasin ont tous pu se rendre à l'intérieur sans encombre, allant même jusqu'à se garer en voiture juste devant l'entrée du supermarché. Il n'y avait aucune violence : juste de la musique, du jus de fruit, des quiches, des gâteaux et du vin blanc. Ce jour-là, les six salariées en grève ne sont même pas allées expliquer aux clients pourquoi il ne faut pas faire ses courses le dimanche, pas plus que leurs soutiens. Les seuls clients "importunés" ont été les trois personnes qui venaient de faire leur course à Intermarché et qui ont accepté de répondre à nos questions. Un reportage réalisé par France 3 une semaine avant le nôtre montre aux téléspectateurs la même situation.

« Accès libre » ou « libre accès » au supermarché ?

Pour Maître Darves-Bornoz, les six salariées ont « bien respecté les termes de l'ordonnance » chaque dimanche depuis le 24 mars. Il souligne que lors des manifestations il y a avait bien un « libre accès au magasin, au parking et aux dépendances » comme le stipule l'ordonnance, invitant au passage le juge d'exécution à bien faire la distinction entre les termes "libre accès" et "accès libre". Effectivement, nous avons pu constater lors de notre tournage du 16 mai un libre accès au magasin, au parking et aux dépendances d'ED : c'est-à-dire que les clients pouvaient librement accéder au supermarché malgré la manifestation et non pas que l'accès au supermarché était totalement libre. Mais l'est-il les autres jours de la semaine quand des voitures sont garées sur le parking ?

Verdict du tribunal le 7 septembre

"Dans un soucis d'apaisement" dixit Maître Probst, la direction d'ED demande la condamnation des six salariées grévistes à un euro symbolique (et non pas 300 euros par heure comme le stipulait l'ordonnance du 24 mars), ainsi qu'à une astreinte de 300 euros par heure de présence sur le parking si la décision du tribunal n'est pas respectée. De son côté, l'avocat de la défense estime qu'ED doit être débouté et condamné à payer 500 euros de dommage à chacune des salariées. Le tribunal rendra sa décision le mardi 7 septembre à 14 heures. Mais quel que soit le verdict, cela ne réglera pas pour autant le conflit social qui dure depuis 42 semaines dans la cité olympique. Pour tenter de trouver une solution, le maire d'Albertville espère réunir tout le monde autour d’une table à la rentrée.

Mikaël Chambru

 

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