Face à la pollution ou la hausse des prix du gasoil, Henri réagit. Et pour que carbure son tracteur, il fait désormais le plein avec sa friteuse. Vas-y, mets de l’huile.

Sur cette colline située près d’Aiguebelette, il flotte dans l’air un parfum de… friture. Nous ne nous apprêtons pourtant pas à déguster des perchots du lac. Cette odeur habituellement cantonnée aux cuisines provient du tracteur d’Henri. Il vient de démarrer son engin quinquagénaire après avoir vidé le contenu de sa friteuse dans le réservoir. Depuis quelque temps, Henri roule à l’huile, du moins à travers champs. Et ça marche, sans même avoir besoin de mélanger ce breuvage de récup’ à du diesel. Pas étonnant en fait, puisque, dès 1911, Rudolf Diesel déclarait que « le moteur diesel peut être alimenté avec des huiles végétales ». L’homme a même prédit que bien que l’utilisation de ces huiles puisse sembler insignifiante, « elles deviendront aussi importante que le pétrole. » On a sans doute eu besoin d'un siècle pour s’en rendre compte.

L’huile végétale a de nombreux avantages. Elle permet d’abord de ne pas taper dans des réserves de pétrole de plus en plus limitées. Elle est économique, surtout si, comme Henri, on utilise de l’huile usagée. Mais c’est aussi une énergie renouvelable qui n’augmente pas la teneur de l’atmosphère en CO2 et ne contribue donc pas au réchauffement climatique. Reste que rouler à l’huile est aujourd’hui interdit. Si vous vous aventurez à le faire sur nos routes, les amendes pourraient donc être encore plus salées que vos frites.

Henri, est-ce en raison de la hausse du gasoil que vous avez décidé de faire rouler votre tracteur à l’huile de friture ?

Pas vraiment. C’est surtout parce que, aujourd’hui, on doit chercher des solutions alternatives. C’est d’abord une préoccupation écologique. Après, si l’écologie profite au porte-monnaie, c’est parfait.

Avez-vous dû faire des modifications sur votre tracteur ?

Non, je n’ai rien changé du tout. Je ne mets que de l’huile et cela marche très bien. Il faut juste la filtrer car l’huile de friture est épaisse. En fait, la seule différence, c’est l’odeur. Mon gamin trouve que ça pue. Mais ça part vite et ce n’est pas bien grave. Ce n’est pas comme vers le tunnel où, avec les bouchons, l’atmosphère devient très pesante. Je préfère que ça sente la frite.

Auriez-vous envie de rouler à l’huile avec votre voiture ?

Bien sûr. Si c’était autorisé, je le ferais.

Au fait, arrivez-vous à faire tourner votre tracteur uniquement avec l’huile usagée de votre friteuse ?

Ça ne suffit pas et je suis donc à la recherche de fournisseurs. D’ailleurs, aujourd’hui, je suis allé demander de l’huile à un restaurant du bord du lac, mais ils n’ont pas pu m’en donner car ils devaient la livrer à une entreprise de recyclage. Il fallait que je la réserve. C’est chose faite pour la prochaine fois. Avec ce nouveau stock, je vais bientôt pouvoir essayer avec mon autre tracteur.

Propos recueillis par Brice Perrier

Article publié dans le numéro 5 de la VDA, novembre 2005

 

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