Le 24 mars dernier, this Jean de Pingon, sale fondateur de la Ligue Savoisienne, a fait sensation à Genève. Il a présenté deux documents, l'un daté de 2002 jamais diffusé et l'autre du 9 décembre 2009, stipulant que pour l'ONU le traité d’annexion de 1860 n'est plus valable, la France ayant oublié de le faire ré-enregistrer en 1947. L’hebdo chambérien La vie nouvelle en a fait sa une en annonçant que la France est hors la loi en Savoie. Cette révélation relance les velléités indépendantistes au moment même où les festivités des 150 ans de Savoie française débutent et que s’annoncent les grandes manœuvres du projet de fusion 73/74. Avec ce grand retour du droit de Savoie, Gaymard et Monteil devront-ils désormais discuter avec l’ONU pour élaborer la nouvelle entité savoyarde ?


Fondatrice du feu Lambda Vote, nurse Aurore Hermet a su imposer sa jeunesse et son regard dans le microcosme social chambérien. Une fille qui n’a pas froid aux yeux.

Mèches de cheveux noirs tombant sur teint blanc, malady minois sympathique et enfin un regard. Surtout un regard. Bleu et profond, hypnotique, déconcertant, dérangeant même. Il faut un moment pour s’y soustraire et tenter de découvrir la fille qui se cache derrière. Aurore Hermet, 26 ans, est responsable de deux résidences sociales à Chambéry. Des lieux de vie qui recueillent, pour des périodes plus ou moins longues, des gens fatigués d’attendre un hypothétique placement en logement OPAC. Beaucoup d’hommes seuls, de mamans avec leurs enfants aussi, de bénéficiaires du RSA, d’adultes handicapés et puis des chômeurs. « Je suis un peu concierge, un peu assistante sociale. Je suis là pour gérer les conflits aussi… », constate-t-elle. Un sacerdoce qu’on imagine à mi-chemin entre mère poule et père fouettard.  Assise sur la banquette, elle trempe ensuite ses lèvres avec précaution dans son thé nature.

Aurore présidente !

Il y a le social donc et, une fois son labeur effectué, à quoi croyez-vous qu’Aurore passe ses soirées ? A suer sang et eaux dans un club de gym lors de séances nocturnes d’abdo-fessiers ? A hurler à la mort dans un microphone au sein d’un groupe de punk-rock féminin ? Ou encore à tenter d’entrer en transe au son de tam-tams endiablés en cours de danse africaine ? Eh bien non ! Après le social, Mademoiselle se détend en faisant du… social. Depuis un an, elle est présidente de l’AQCV (Association Quartier Centre Ville) qui, à Chambéry, est un peu la maison mère des maisons de quartier, la plus active en tout cas et la plus centrale, naturellement. Un établissement qu’Aurore connaît très bien, puisqu’elle y entrait à 16 ans pour y faire ses premières armes dans le social : « J’y ai appris comment monter un projet et diriger ma première asso. Elle s’appelait NEEFA 73, c’était un projet de solidarité international en partenariat avec le Bénin afin de lutter contre le trafic d’enfants. » Une expérience pas forcément évidente pour une jeune ado qui, une fois débarquée en Afrique, doit affronter le témoignage de mères de famille avouant sans mal avoir vendu leurs enfants pour quelques dollars. Forcément, ça forge le caractère. De quoi affronter sans broncher les regards sceptiques qui s’interrogent sur les capacités d’une jeune, et de surcroît fille, à diriger un centre social. De quoi s’amuser aussi de ceux qui font circuler une rumeur selon laquelle la mairie l’aurait placée à ce poste. Elle qui, le matin même de l’élection, ne savait pas qu’elle se présenterait, préfère simplement rappeler les cinq années passées à user ses jeans au sein des conseils d’administration. Un serveur passe. Aurore lève les yeux vers lui et, dans un sourire soudainement enfantin, se demande si elle ne va pas commander une gaufre.

NTM et héritage familial

Son enfance justement, Chambéry, le collège Jules Ferry puis le lycée Monge, 1ère ES, terminale ES, économique et social, déjà. Elle commence par se définir comme « une bonne élève », avant de se reprendre, « …enfin, plutôt moyenne. » Dans la cour, discman sur les oreilles, la petite forge son esprit critique au son assez commercial, pour le coup, des rappeurs de la Fonky Familly, IAM,  NTM ou Kerry James. Elle sera déléguée de classe, plusieurs fois, et finit sa scolarité à Lyon par une formation de trois ans comme assistante sociale. Une conscience sociale qu’elle définit avant tout comme un héritage familial. « Mes parents m’ont appris à regarder les autres et mon éducation m’a sensibilisée aux inégalités… » Mais, sa propension à s’occuper des autres semble bien liée, de façon plus intime encore, à l’histoire d’une famille marquée dans sa chair. En 1977, soit sept ans avant la naissance d’Aurore, son père, lors d’une sortie de ski, fait une lourde chute. Elle le laissera en partie paralysé des jambes. «Il peut encore bouger les doigts de pieds, mais impossible pour lui de marcher… », précise Aurore. Dans la tasse en porcelaine blanche, son thé refroidit, lentement.

Lambda Vote !

Et puis il y a la fameuse aventure du Lambda Vote. Une idée qui se développe dans son esprit à l’ombre des manifs anti-CPE du printemps 2006 et qui va se concrétiser grâce à un coup d’audace qui en dit long sur le caractère de la belle. « A l’époque, j’habitais place de l’hôtel de ville. Un jour, en revenant des courses les bras chargés de paquets Leader Price, je croise Louis Besson (Maire de Chambéry de 1989 à 2007), je l’arrête et lui explique mon projet… » L’ex-collaborateur de Mitterrand l’invite alors à passer à son bureau. Le jour J, Aurore, tremblante au milieu des lambris de la République, lui lit un texte écrit dans lequel elle fait part de son inquiétude pour la jeunesse du pays et développe son idée d’une structure tournée vers celle-ci. Une entité multipliant les activités afin de redonner aux jeunes le goût du vivre ensemble, du faire ensemble et de reprendre le chemin du civisme ainsi que celui des urnes par la même occasion. Besson est séduit, l’aventure peut démarrer. Pendant un an et demi, de décembre 2005 à avril 2007, la fille aux yeux bleus outre-mer multiplie les contacts et entraîne dans sa fougue une partie hétéroclite de la jeunesse chambérienne (on peut estimer qu’une bonne centaine de personnes se sont impliquées de près ou de loin dans les activités du Lambda Vote), acteurs amateurs, musiciens en herbes, jongleurs fumeurs de joints, sportifs du dimanche, graffeurs, graphistes… Le collectif affiche alors ses t-shirts orange dans mille et une activités ayant des rapports parfois pour le moins distant avec la citoyenneté, mais faisant souffler un air d’une incontestable fraîcheur sur la cité des ducs. En coulisse, Aurore, elle, chapote ses troupes, distribue les encouragements et les sourires, mais aussi quelques coups de gueule, depuis, restés dans les mémoires. Et le fameux esprit civique dans tout ça ? Il n’a pas l’air d’avoir touché autant la jeunesse que ce qu’elle l’aurait souhaité. « Lors de concerts ou de manifestations on faisait beaucoup de rencontres. Mais quand on aborde la question du devoir électoral ou de l’implication dans la vie politique, la plupart nous disait qu’ils s’en foutaient… On s’est pris pas mal de claques dans la gueule. » 6 mai 2007, la France a un nouveau président. Après le passage dans l’isoloir, le Lambda, lui, tente de survivre un moment, mais le mouvement s’essouffle et finit par s’étioler complètement.

Ich bin eine Québécoise

Aurore, se chope alors un bon vieux coup de blues post-Lambda, auquel le résultat du scrutin n’est peut être pas tout à fait étranger. En pleine remise en questions, la miss a besoin d’une pose, une vraie. De prendre des risques aussi, loin du cocon familial. Elle pose une année sabbatique et s’envole aux antipodes. Elle débarque au Québec sans rien connaître du pays. Elle y restera une année. Là-bas, la petite française travaille dans une boulangerie bien de chez nous… tenue par des Indiens, où elle finira par se charcuter un doigt. Elle écrit ensuite quelques papiers politiques dans un petit journal de Montréal et va même s’isoler quelques semaines à plus de 500 Kms au nord de la capitale québécoise pour travailler dans un parc naturel. Elle découvre également un peuple préoccupé par des questions qu’on s’imagine bien souvent nous être réservées et qui ébranlent sérieusement le mythe de l’accueil à la québécoise. « Ils ont un sérieux problème d’identité, sont perdus entre le français et l’anglais, sont assez fermés sur eux-mêmes et te font comprendre rapidement que tu ne seras jamais canadien. » Automne 2008, après son trip Alain Juppé, de retour au pays du reblochon, Aurore se gave de fromage et de bonne bouffe franchouillarde. Cependant, une fois la digestion terminée et le jet lag digéré, Mademoiselle Hermet, retournée vivre chez papa /maman, broie à nouveau du noir et s’interroge un moment sur un deuxième départ pour le grand nord canadien, mais cette fois sans retour. « Quand tu as vécu plein de choses là-bas et que tu reviens ici, dans un endroit que tu connais, avec des gens que tu connais et que rien n’a changé… ça fait bizarre. » Finalement, elle ne partira pas et retrouvera naturellement sa place et son utilité à Chambéry.

Esprit jeune et vieux discours

Aujourd’hui, malgré son implication, elle se dit blasée par la politique sociale menée en France. « Le social mis en place après la guerre ne fonctionne plus… Le nombre de personnes en difficulté explosent et le pire c’est que tout ça, ça sert le capitalisme. » Avant d’ajouter amère. « Où est la redistribution des richesses ? C’est pas possible que l’on continue comme ça… » Question politique, les choses sont beaucoup moins tranchées, ses paroles plus ambiguës. D’un côté, elle dénonce des politicards hypocrites qui ont vendu leur âme, de l’autre ne croit qu’à une seule révolution, celle des urnes et son regard clair s’assombrit instantanément quand on lui fait remarquer que le Lambda Vote était soutenu par plusieurs élus et financé par de l’argent public. « L’argent public doit servir à ça… L’argent, il faut bien aller le chercher là où il est. » Celle qui se dit sereine, apaisée, peut par moment aussi laisser perplexe quand, s’emmêlant les pinceaux entre les sujets abordés, elle commence, par exemple, à parler de la précarité des jeunes avant d’enchaîner sans transition sur le microcrédit en Inde. Et si elle semble ne pas s’être totalement affranchie d’un langage formaté qui sent à plein nez les interminables réunions administratives où l’ennui atteint souvent son paroxysme, si parfois elle semble paraphraser Yann Arthus Bertrand avec des formules du genre « on peut tous manger avec ce que nous donne la planète », si de ses lèvres s’écoulent parfois des phrases toutes faites, c’est tout simplement qu’elle a du mal à se dévoiler. Qu’elle préserve son intimité et, derrière le vernis, dans le fond de son regard perçant, on la voit, on la sent, cette fille sensible, cette fille fragile. Cette énergie à s’occuper de l’autre, à entendre l’autre et finalement à aimer l’autre. La cloche de la mairie sonne 19h. Aurore renonce à sa gaufre, elle se lève de la banquette et sort du café. Sur le trottoir d’en face, la fille, d’un geste extrêmement lent, remet son foulard, allume une cigarette roulée. Elle enfourche son vélo azur, enveloppée de fumée, drapée de mystères, elle sourit largement et disparaît rapidement, emportant avec elle tous ses secrets, ses envoûtements.

Frédéric Delville


Venez (re)decouvrir le lambda vote, mouvement citoyen créé par Aurore en 2006 dans une vidéo signée Christophe Colonel.

 

Notre fil twitter

Vos produits savoyards

Bannière