Après son amendement déposé à l'Assemblée en guise de prélude au processus de fusion, more about Hervé Gaymard annonce pour la rentrée les états généraux d'une Savoie réunie et particulière. Interview.

La réforme territoriale va-t-elle conduire à l'unité savoyarde ? Ce projet gouvernemental s'attachant à créer des régions abstraites, this immenses et vide de sens, va-t-il provoquer la réunification d'un territoire divisé depuis plus de cent cinquante ans ? Peut-être bien, car maintenant qu'est prévue leur disparition, les « deux Savoie » sont décidées à s'unir. Une fusion pour ne pas mourir, voilà le projet estival de Christian Monteil et Hervé Gaymard, les présidents de nos conseils généraux. Avec comme nom pour cette union Savoie-Mont-Blanc, dénomination renvoyant autant à l'histoire (celle du Duché et celle du département Mont-Blanc de la période révolutionnaire) qu'au marketing touristique sur lequel on vend nos stations. Mais Hervé Gaymard nous l'assure, la collectivité Savoie-Mont-Blanc permettra à notre région de ne pas devenir une simple marque en restant un centre de décision. Même si ce n'est pas une région. Il explique pourquoi il croit aujourd'hui à un statut spécial pour la Savoie.

Hervé Gaymard, depuis quelques semaines, vous semblez parti en campagne pour lutter contre une disparition des pays de Savoie que provoquerait la nouvelle réforme territoriale. C'est vraiment ce qui nous a attend ?

Je ne suis pas parti en campagne, je dis simplement quelle sera la conséquence pour les pays de Savoie si le Gouvernement applique la réforme telle qu'elle est prévue dans les deux projets de loi qui ont été adoptés au conseil des ministres, le 18 juin dernier. Car au terme de cette réforme, nous aurions une grande région Rhône-Alpes-Auvergne et les départements seraient supprimés. Il n'y aurait donc plus de centre de décision dans les pays de Savoie, et ça je ne peux m'y résoudre. 

Là, on parle surtout de régions qui doivent fusionner. La disparition des départements n'est pas encore actée.

Cela figure dans le discours du Premier ministre et dans les déclarations du Président de la République. Donc, d'après ce que les deux plus hautes autorités de l'Etat ont dit, la disparition des pays de Savoie est programmée. 

Mais pas encore prévu par un projet de loi.

Non, le projet examiné est sur le découpage des régions et le report des élections cantonales et régionales. 

Si on arrivait effectivement à la deuxième étape, que provoquerait cette disparition administrative ? La Savoie garderait son histoire, ses montagnes, son économie... Qu'est-ce qui changerait en fait ?

Il n'y aurait plus d'élus savoyards. Plus d'instance délibératives où ils décident de l'avenir de leurs départements. 

Mais pour les Savoyards, ça changerait quoi ?

Beaucoup de choses, car depuis soixante ans et même davantage, les décisions des élus départementaux à Chambéry et à Annecy ont permis à la Savoie d'être ce qu'elle est aujourd'hui. Pour prendre des exemples très concrets, la station de Courchevel et la société des 3 Vallées ont été créées par le Conseil général de la Savoie en 1946. La holding Savoie station participation est une émanation du conseil général et elle permet aux stations de se développer. Savoie Technolac est une création du département. Si les deux départements ne s'étaient pas réunis, l'université de Savoie n'existerait pas. Je pourrais encore citer l'Institut de l'énergie solaire de Savoie Technolac, Archamps en Haute-Savoie, les pôles de compétitivité Arve et Mont Blanc Industries... Cela veut dire que ne pas avoir d'instance de décision dans les pays de Savoie serait un vrai problème. Car les actes majeurs du développement savoyard n'ont pas été décidés à Lyon ni à Paris, mais chez nous par des élus clairvoyants. Donc on ne peut pas se résigner à la disparition des pays de Savoie. 

La Savoie risquerait de n'être plus qu'une marque touristique ?

Oui, c'est ça. Elle n'aurait plus de centre de décision autonome. Uniquement des communes et des intercommunalités, mais rien d'autre. 

Ça serait quoi la place de la Savoie dans une région Rhône-Alpes-Auvergne ? Elle ne pourrait pas se faire entendre ?

Il n'y aurait qu'une vingtaine d'élus sur 160. Et on ne les verrait pas sur le terrain car ils seraient élus à la proportionnelle sur une liste régionale, avec 150 ou 160 noms sur le bulletin de vote. Un département comme le Cantal se retrouverait d'ailleurs dans cette grande région avec seulement deux ou trois élus. Vous voyez un peu le truc ? 

Pour éviter cette disparition, vous venez de présenter à l'Assemblée un amendement qui prévoyait la fusion des deux départements dans une nouvelle collectivité (voir la vidéo des débats). A quoi cela ressemblerait-il ?

Avec Christian Monteil, nous proposons de créer une collectivité territoriale Savoie Mont Blanc au sein de la région Rhône-Alpes-Auvergne, mais avec ses propres compétences. Et celles que nous voulons sont le développement économique, l'agriculture, le tourisme, les relations transfrontalières qui sont très importantes avec la Suisse ou l'Italie. Nous voulons aussi le social car nous pensons qu'il faut un développement équilibré. Et les routes. En revanche, nous ne sommes pas opposés à ce que des compétences comme le transport ferroviaire soient exercées au niveau régional, car là, l'échelon du département est trop petit. 

Et la culture ?

Oui, bien sûr, la culture et le patrimoine. Tout ce qu'on fait déjà en fait. Les choses ne marchent pas si mal maintenant, alors pourquoi changer ce qui marche ? 

Mais votre amendement a été refusé...

C'est normal, on était en première lecture et je ne m'attendais pas à ce qu'il soit accepté. L'important, c'est qu'on pose le débat et je suis très satisfait car 8 des 10 députés des deux Savoie ont signé l'amendement. La socialiste Béatrice Santais a dit qu'elle était contre, même si elle n'était pas en séance. C'est son droit. En revanche Bernadette Laclais, l'ancienne maire de Chambéry, est montée à Paris pour le débat et a dit qu'elle ne votait pas contre, s'abstenant et marquant son intérêt pour ce projet. Le Gouvernement n'a par ailleurs pas été désinvolte, le ministre disant que cela méritait d'être considéré et regardé d'ici la deuxième lecture. Mais de toute façon, ce débat territorial, contrairement à ce qu'ont pu dire vos confrères, il ne fait que commencer. On est seulement à la fin de la première lecture, et il est probable que le Sénat change de majorité avant la seconde, car il va y avoir des élections. On aura donc ensuite une deuxième lecture au Sénat en octobre, puis à l'assemblée en novembre. Et sur un sujet concernant les collectivités locales, il n'est pas de tradition que le Gouvernement passe en force au Sénat. Bref, l'affaire ne fait que commencer. 


Cet amendement n'est-il pas aujourd'hui un peu hors sujet ? Car le projet de réforme qui passe au Parlement concerne la définition des régions et leurs fusions, éventuellement les droits de certains départements à exercer un droit d'option pour changer de région. Mais il n'est pas question de fusion de départements à l'intérieur d'une région.

On est en démocratie et tout est proposable. D'autant plus que nous ne nous opposons pas à la création de Rhône-Alpes-Auvergne. Je l'ai dit au Gouvernement : on n'a rien contre cette région mais on tient à notre identité, à notre modèle de développement, on a prouvé ce qu'on savait faire, et si vous faites une région encore plus grande que Rhône-Alpes, vous ne pouvez pas tué cet échelon indispensable. Et puis dans la vie, on se bat ! 

Mais est-ce le bon moment ? Ne fallait-il pas attendre qu'on traite la question des départements ?

Il faut toujours se battre. 

La nouvelle structure ne risque-t-elle pas de disparaitre quand les départements seront supprimés ?

Bien sûr que non, car on fait une collectivité territoriale à statut particulier. C'est ce qu'on fait les Lyonnais en regroupant le conseil général du Rhône et Lyon. 

Et vous avez la garantie qu'une telle collectivité en Savoie ne serait pas supprimée ?

Ce qu'une majorité fait, une autre peut le défaire. Mais si nous arrivons, comme je le pense, à créer cette collectivité territoriale Savoie-Mont-Blanc, on ne va pas la supprimer quatre ans après. 

Les deux exemples que l'on connait de ce type de collectivité à statut particulier, c'est la métropole lyonnaise, qui correspond à la grande tendance métropolitaine du moment...

Là où il y a des métropoles. En pays de Savoie il n'y en a pas, et on n'en aura jamais. Chambéry et Annecy ne seront jamais des métropoles au sens juridique du terme. Donc il ne faut pas se raconter d'histoire et si on veut garder des centres de décisions en pays de Savoie, c'est ce projet qu'il faut soutenir. 

Le second exemple étant la Corse, une île qui est aussi une région, on serait dans un contexte très différent avec une spécificité savoyarde sans équivalent si on arrivait à cette collectivité particulière que vous proposez à l'intérieur de Rhône-Alpes-Auvergne.

Ben oui, mais je pense que l'article 2 de notre constitution, sur la République une et indivisible, n'est pas inconciliable avec l'article 72 qui prévoit des collectivités à statut particulier. Et preuve que le moment est bien choisi pour déposer cet amendement, j'ai été soutenu par presque tous les groupes politiques à l'Assemblée : les Verts, les communistes et les centristes. Seul le Gouvernement m'a demandé de retirer mon amendement, ce que je n'ai pas fait. Mais le ministre ne pouvait pas dire autre chose. 

Pourquoi ? Que vous a-t-il opposé ?

Qu'il était insuffisant, ce qui était vrai. C'était ce qu'on appelle en procédure parlementaire un amendement d'appel, où tout n'est pas verrouillé. Car il faut discuter sur le fond des compétences, des ressources budgétaires et fiscales. Dans cet amendement de quelques lignes, je n'ai mis que des principes. Si on arrive à faire une collectivité Savoie, ça sera une partie de loi bien plus conséquente avec plusieurs articles. Là, il y en avait un seul synthétisant tout mais insuffisant sur le plan juridique. J'ai fait suffisamment de droit pour le savoir. Mais on était pressé car il fallait marquer le coup maintenant. Je ne regrette pas de l'avoir fait.

Ne redoutez-vous pas d'avoir une mobilisation des élus savoyards mais une indifférence des élus français sur ce sujet ? 

Je ne redoute rien du tout, je ne suis pas né avec la peur au ventre. Je pense que ce projet est juste et bon. Je vais me battre pour qu'il soit adopté, et on verra bien. Dans la vie on ne gagne pas toujours, mais ce combat je vais le mener. Et il se mène d'abord en pays de Savoie où on a déjà eu beaucoup de retours positifs de maires, d'acteurs économiques qui ont même devancé nos propos en nous incitant à réagir. Après, ce n'est pas au mois d'aout qu'on va avoir une mobilisation. Donc le sujet, c'est septembre-octobre-novembre.

Vous préparez la mobilisation de la population savoyarde ? 

Oui, c'est qu'on va faire avec Christian Monteil dès le début septembre. Avec « Espoir Savoie-Mont-Blanc », on va faire des réunions dans tous les cantons, on va mobiliser les acteurs économiques et les populations. Ensuite, on élaborera le texte complet de ce projet avec l'Assemblée des pays de Savoie en fonction des résultats de ces états généraux de Savoie-Mont-Blanc, car les acteurs économiques et sociaux ont beaucoup de choses à nous dire. Nous rédigerons un texte qui répondra à leurs doléances.

Vous allez appeler ces réunions les états généraux ? 

Oui, les états généraux Savoie-Mont-Blanc.

Vous êtes les bonnets rouges savoyards ! 

Non.

Ce sont les derniers à avoir organisé des états généraux pour la Bretagne, cet hiver et ce printemps. 

Mais nous, c'est pas bonnet rouge, c'est juste savoyard. On n'a pas besoin d'aller chercher des exemple ailleurs. En même temps, des états généraux, il y a ceux de la sécurité sociale, il y en partout. C'est comme les Grenelle ! Nous souhaitons simplement mobiliser les Savoyards, leur expliquer la situation que tout le monde n'a pas encore bien compris, à savoir la disparition des pays de Savoie en tant qu'entité apte à prendre des décisions pour elle même. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, cette réforme n'est pas qu'un mécano institutionnelle sur les régions. Pour une région comme la notre avec son histoire, son identité, ses spécificité qui viennent du passé, une région qui sait construire un modèle de développement original pour l'avenir, ce n'est pas rien ce qui nous menace. Mais je suis optimiste car les déclarations du ministre, aussi bien en commission des lois que dans l'hémicycle, ont plutôt été ouvertes.


Vous parlez de région, mais n'est-ce pas une région qu'il faut à la Savoie ? A-t-on raté le coche en 1972 lors de la création des régions ? Ou alors quand a été créé l'article 72 de la constitution instituant ces collectivités à statut particulier ? 

On n'est pas en 72, mais en 2014...

Vous remarquez que cette date correspond à l'article de la constitution que vous invoquez... 

C'est pas le sujet... Le sujet, c'est 2014, et je pense qu'une région Savoie serait trop petite, notamment pour exercer certaines compétences comme les transports ferroviaires. La région Savoie, ça peut être mobilisateur car on comprend bien ce que ça veut dire, mais l'heure n'est pas aux petites régions. Défendre une région Savoie alors que l'heure est aux grandes régions, ça serait une faute tactique grave.

C'est ce que font aujourd'hui les Alsaciens, l'Alsace ayant à peu près la même taille que la Savoie avec deux départements. 

Mais eux, ils ont déjà une région, pas nous.

C'est pour ça que je vous dis qu'on a peut-être raté le coche... 

Ce débat ne m'intéresse pas car il est vain. Il ne nous éclaire pas pour l'avenir. Pour moi, la solution aujourd'hui, c'est de créer cette collectivité territoriale à statut particulier qui s'appellerait Savoie-Mont-Blanc. C'est là dessus qu'un mouvement va naitre.

Sur ce projet de fusion que vous défendez depuis une dizaine d'années, la Haute-Savoie a beaucoup tergiversé. On dirait que seule la peur de la disparition totale conduit ses responsables à vraiment s'y intéresser. 

Je n'ai pas de commentaire à faire. Je porte ce projet depuis des années, et il faut persévérer dans la vie, pas se décourager. J'espère qu'on va y arriver.

En même temps, on assiste à une certaine radicalisation savoyarde. Y compris avec vous qui évoquiez dernièrement « le pays de Savoie ». Avant, vous parliez des pays de Savoie. 

J'ai toujours dit ça. Et maintenant je dis la collectivité territoriale Savoie-Mont-Blanc. Les pays de Savoie, c'était une manière d'englober Savoie et Haute-Savoie, car c'est un peu long de dire les deux. Et si on dit Savoie, les Haut-Savoyards pensent qu'on ne parle pas d'eux.

Mais maintenant, vous dites le pays de Savoie. 

Maintenant je dis Savoie-Mont-Blanc.

C'est ce que vous avez dit l'autre jour sur 8 Mont Blanc en insistant sur le fait que la Savoie est notre pays. 

Mais bien sûr, avec la France. Je ne suis pas un indépendantiste savoisien, je suis Français et fier de l'être. Et par ailleurs Savoyard intégrale. Les deux vont ensemble.

En tout cas, d'autres constatent aussi cette radicalisation à l'occasion de cette réforme. Un de vos collègues députés de Haute-Savoie me confiait d'ailleurs qu'on lui disait dans sa circonscription : « Si c'est pour devenir rhonalpo-auvergnat, je préfère être suisse ». 

C'est pour ça qu'il faut que les pays de Savoie réussissent. Et que je me bat.

Entretien : Brice Perrier

 

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