Rémi Mogenet votera dimanche Régions et peuples solidaires afin de défendre une Savoie reposant non sur l'exigence de grande région mais sur son dynamisme humain. Un choix qui s'impose.

Aux prochaines élections européennes je voterai pour la liste menée dans le Sud-Est par François Alfonsi, celle de Régions et Peuples solidaires (R&PS), dont le Mouvement Région Savoie est une composante. J’ai écouté François Alfonsi lorsqu’il est venu à Annemasse, et ai été saisi par son exposé en défaveur d’une politique pensée à partir des chiffres, de régions fondées non sur des réalités humaines, des cohérences dynamiques et vivantes, mais sur des calculs statistiques, comme sont celles que propose le gouvernement - sauf, sans doute, aux Corses et aux Bretons, qui ont fait valoir leur vitalité propre. La politique humaine, fondée sur l’amour qui existe entre les êtres, telle que l’a conçue Denis de Rougemont, ne peut pas être perçue dans un autre parti, une autre liste. A Paris, on pense que par des règlementations, des lois abstraites, on peut créer des communautés, des synergies de volontés, et qu’un tissu économique peut s’ensuivre; il n’en est rien. L’économie normalement constituée s’appuie sur les rapports humains naturels.

Pas de principe préétabli ni de limites théoriques

On peut dire que l’heure n’est pas aux petites communautés d’hier, qu’il faut s’ouvrir au monde ; mais R&PS n’est pas un groupement de partis indépendantistes : les régionalistes qui l’animent veulent justement pouvoir se relier aux Européens en général par le biais du fédéralisme. La Haute-Savoie ne peut pas se concevoir seulement en rapport avec Paris : historiquement, elle s’est aussi tournée vers Genève, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie ; et actuellement le bassin d’emploi est lémanique. Le tourisme vient bien sûr de Lyon et de Paris, mais aussi de Londres et de Moscou.

Il s’agit de créer une fraternité économique au-delà des frontières. Or, paradoxalement, cela ne peut se cristalliser que dans un lieu restreint. Parce qu’une fraternité économique doit être universelle mais a des pôles, il faut à la France une organisation multipolaire, permettant l’émergence spontanée de points d’échanges. Or, le centralisme, il faut l’admettre, tend à capter au profit de la capitale la force des pôles, et les régions prévues par l’actuel gouvernement sont envisagées comme tirant vers des métropoles la vitalité économique des territoires. On prévoit de faire pencher la Savoie vers Lyon et Grenoble ; mais la multipolarité ne doit pas avoir de principe préétabli, de limites théoriques : il s’agit aussi de laisser la Savoie se créer en pôle, si elle le souhaite.

Une exigence régionale

De fait, le nord penche vers Genève, vers Lausanne - et même vers Martigny, Saint-Maurice, Aoste. Denis de Rougemont affirmait que le sens de l’écologie politique exigeait que les réalités d’un bassin d’emploi constituent des régions ; et il ne négligeait pas le sentiment issu des communautés bâties par des siècles d’histoire commune, comme sont les départements de Savoie et de Haute-Savoie. C’est dans ce sens qu’il faut aller. Mon choix est de considérer que la Haute-Savoie a une spécificité trop forte pour se fondre dans une grande région touchant à Lyon et Clermont-Ferrand, aussi respectables et belles ces villes soient-elles, et qu’il faut qu’elle regroupe autour d’elle, à Annecy, le département de la Savoie, le Pays de Gex, le Bugey, afin que l’entité administrative constituée soit un pôle frontalier, se tenant sur l’équilibre des forces présentes en direction de la Suisse et de l’Italie, en plus de la France. Si une telle opération réussit, la région ainsi constituée se fera un plaisir de partager des richesses avec celles qui n’auront pas pu l’imiter. Mais peut-on prétendre qu’un tel projet n’est pas économiquement viable ?

Rémi Mogenet



Visionnez le spot de campagne de Régions et Peuples solidaires.

Voir notre interview de François Alfonsi.


 

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