Son parti prend de l’ampleur même si les médias n’en parlent pas, healing avec un programme simple : quitter une Europe qui serait à l’origine de tous nos maux. Entretien avec François Asselineau.

Il vient à Chambéry demain pour alerter les Savoyards. Et leur expliquer qu’en Europe s’est instaurée de façon insidieuse rien de moins qu’une dictature qui dépossède la France de ses pouvoirs pour l’asservir à une oligarchie anglo-saxonne. Bon, drugs il y aurait tout de même un moyen d’en sortir : l’article 50 du traité sur l’Union européenne permettant à ses Etats membres de la quitter. Convaincu que les dirigeants français se garderont bien de l'utiliser, François Asselineau a créé l’Union populaire républicaine, un parti doté de 3500 adhérents qui suscite de plus en plus d’intérêt sur internet, le paysage médiatique mainstream lui demeurant en revanche plutôt fermé comme il l'est avec les nouveaux venus. Ici, on est au contraire à l'écoute des voix dissonantes, alors voici un entretien traitant principalement de l’Europe et des régions avec cet énarque haut-fonctionnaire qui voit dans le régionalisme le cauchemar de la France et un plan machiavélique orchestré par les Ricains pour détruire ces bonnes vieilles nations. Eh oui, du coup, on a beaucoup causé…


François Asselineau, pourquoi une telle hostilité envers l'Europe ?

Ce n'est pas une hostilité de principe. D’ailleurs, la première fois que j'ai voté, c’était pour Simone Veil aux européennes de 1979. Mais progressivement, tous les grands choix stratégiques français ont été pris par des personnes qui n'étaient ni françaises ni élues. C'est contraire à la déclaration des droits de l'homme de 1789 qui repose sur la souveraineté nationale. Ce texte, le plus sacré, est violé par la construction européenne qui bafoue les principes fondamentaux de la démocratie avec des transferts de compétence verrouillés par les traités successifs.

Vous parlez même de dictature...

Elle arrive petit à petit, d'abord avec des affaires considérées à tort comme subalternes, telles que le commerce. Il y a eu ensuite la monnaie, l'immigration et, avec la Constitution européenne, la création d’un président de l'Europe et d’un ministre des Affaires étrangères. On a pris de plus en plus de pouvoir aux Français sans qu'ils ne le comprennent, en avançant l'idée que l'Europe c'est la paix, alors que cette Europe nous mène à la guerre. Cela a aussi été facilité par une promotion constante du Front National. Elle va de pair avec ses dérapages à répétition, et permet d'assimiler ceux qui sont contre l'Europe au FN pour les discréditer. Résultat, c'est circulez y a rien à voir ! Alors que, par exemple, l'article 63 du traité de fonctionnement de l'Union européenne interdit les restrictions aux échanges de capitaux entre pays membres et pays tiers, ce qui explique l’impossibilité d’empêcher les délocalisations. Hollande et Montebourg peuvent bien dire ce qu'ils veulent, vu qu'ils sont pour l'Europe, ils ne peuvent rien faire. En fait, ce qui nous distingue de tous les autres partis, c'est qu'ils considèrent la question européenne comme un sujet parmi d'autres, alors que les problèmes de la France ont leur origine dans le fait qu'on a perdu les manettes, sous couvert de mots marketing comme transfert de souveraineté. C'est sûr qu'il est plus facile de dire ça que de parler du projet d'Hitler !

Pourquoi le projet d’Hitler ?

En 1938, Hitler rencontre Mussolini à Rome avec l'objectif de bâtir une Europe nouvelle. Il demande alors à un jeune juriste, Walter Hallstein, de préparer une organisation européenne qui permettrait de mettre à l'écart les peuples en établissant une dictature technocratique. C'est ça l'origine. Et quand la France a été battue par l'Allemagne, en 1941, une exposition au Grand Palais, inaugurée par un représentant d'Hitler, parle de la France européenne. Avec l'idée qu'on avait des nations cloisonnées et que l'on aura maintenant des facilités de communication avec le projet européen. Il ne faut pas croire que cela a disparu après la défaite du Reich nazi, car Walter Hallstein s'est retrouvé dans les années 1950 auprès de Konrad Adenauer, le chancelier allemand. Il a été son ministre des Affaires européennes. C’est lui qui a concocté le projet de Rome, et l'a signé. Ensuite, il est devenu le premier président de la Commission européenne. C'est quand même bon de savoir que c'était un des juristes d'Hitler ! C'est encore lui qui a lancé en 1965 un projet d'Europe fédérale pour aller plus loin, de Gaule y répondant par la fameuse politique de la chaise vide. Cela a abouti au compromis de Luxembourg de 1966 établissant le droit de veto, et en 1967 à l'éviction de Walter Hallstein, qui s'est recyclé comme président du Mouvement européen, une organisation financée par la CIA.

L'Union européenne est aujourd'hui très technocratique et peu démocratique. Mais plutôt que d'être hostile à l'Europe, pourquoi ne pas en prôner une plus démocratique et respectueuse des peuples ?

Ce n'est pas moi qui suis hostile à l'Europe, c'est l'Europe qui est hostile à la démocratie et est en train de nous détruire.

Ne pourrait-elle pas être différente avec un véritable Parlement qui représente les peuples et dispose du pouvoir à la place des commissaires nommés ?

Il y a déjà un Parlement.

Mais il n'a pas le pouvoir.

Il a quand même de plus en plus son mot à dire, même si les Français ignorent totalement ses pouvoirs. Le problème est qu’ils s'en désintéressent. En 1979, pour la première élection, l'abstention fut déjà de 43%. Depuis, elle n'a fait que monter, en moyenne de 4 points tous les cinq ans. En 2009, on était ainsi à 61% d'abstention, et on arrivera peut-être à 65% l'année prochaine. Mais ces scores ne sont pas les plus mauvais d'Europe. En Lituanie ou en Estonie, on a atteint 89%, et au Royaume-Uni 80%. Cela montre que les peuples ne se reconnaissent pas dans cette construction européenne. Car on ne change pas l'Histoire. En vertu de quoi les Français devraient fusionner dans une entité politique continentale et partager le même avenir que les Slovaques, les Bulgares, avec qui on n’a aucun lien historique, migratoire ou religieux ? Et ce alors que des liens forts existent avec des pays comme la Tunisie, l'Algérie, le Maroc ou le Sénégal.

Autant de pays que la France a colonisés, ce qui crée des liens ! Mais la France, elle s'est faite sur quoi ? Comme le rappelait Michel Rocard , sur des cultures qui n'étaient pas les mêmes et qui ont été éradiquées, comme celles des Bretons, des Basques, des Alsaciens, des Corses ou des Savoyards. Ils ne parlaient pas la même langue, n'étaient pas des voisins, et ils sont devenus Français. L'Europe chercherait-elle finalement à reproduire ce que la France a déjà fait ?

C'est vrai que la France a eu une volonté constante de s'élargir et qu'elle a eu une violence fondatrice, comme tous les Etats. Mais c'est du passé. Et là, la construction que l'on veut nous faire ne correspond en rien au passé. Alors je sais que la France a colonisé les pays d'Afrique, mais elle a maintenant des liens avec eux, comme elle peut en avoir avec la Suisse, les Etats-Unis ou le Japon. Nous avons des liens beaucoup plus étroits avec ces pays qu'avec certains européens. Pourquoi se couper de l'Afrique du Nord pour se lier avec les pays baltes qui sont des prolongements de l'Allemagne ?

Mais pourquoi se couper ? On peut être Européen et avoir de bons rapports avec le Maghreb.

On peut aussi sortir de l'Union européenne et avoir de bons rapports avec l'Allemagne. Comme avec la Suisse ou la Norvège qui n'en sont pas membres. La construction européenne est fondée sur l'idée qu'il y a des torchons et des serviettes : les pays avec lesquels on doit fusionner, et les autres. On dit de nous que l'on veut isoler la France, mais non ! Il faut voir l'origine de la construction européenne. C'est le fondement même de notre mouvement politique. Contrairement à ce qu'on raconte à l'école, la construction européenne n'est pas l'idée fantastique qui a germé dans la tête de Robert Schumann, avec l'aide de Jean Monet. Ça, c’est un conte de fée, un mensonge éhonté. Pour comprendre, il faut remonter avant la deuxième guerre mondiale, alors que les comités des forges et des cartels allemands voulaient bâtir un marché européen, dès les années 1920. C'était une vision mondialiste, car à l'époque, toute l'Afrique était colonisée, l'Indonésie néerlandaise, l'Inde britannique, le Moyen-Orient franco-britanique. A l'époque, militer pour la construction européenne, c'était viser une sorte de gouvernement planétaire.

A cette époque, on venait aussi d'avoir une guerre mondiale sanglante, et là, on pouvait dire que les nations, c'était la guerre. L'Europe étant une réalité géographique, pourquoi voir le mal dans une ambition européenne dans ces années où la menace de guerre était très présente ?

Ce ne sont pas les nations qui créent la guerre, mais les empires. Une nation qui ne veut pas imposer son modèle aux autres, ça se passe très bien. Le problème, c’est quand l’une d’entre elles veut dominer les autres. On le voit bien aujourd'hui avec les Etats-Unis d'Amérique, les fauteurs de guerre du moment. Pour s'assurer leur approvisionnement en matières premières et imposer leur mode de vie à la planète entière, ils ne cessent de créer des conflits. Mais regardez le Sri Lanka, le Laos ou la Thaïlande, ils ne cherchent pas à faire la guerre.

Là, on parlait de l'Europe, et le temps des nations, après le printemps de 1848 qui impose l'idée nationale, ça a amener les grandes guerres européennes. Avec l'Italie qui se fait par la guerre, comme l'Allemagne...

Non, le printemps des nations, c'était la libération des peuples. Et c'est ce qui va se passer à nouveau, car l'Union européenne, le système actuel, n'est pas viable. Je préfèrerais que ça se fasse de façon douce plutôt que dans un feu d'artifice, mais c'est évident que l'affaire ne marche pas et qu'elle est au bord de l'explosion générale dans tous les pays.

Pour revenir aux années 1920, l’envie d’Europe n’était-elle pas compréhensible pour éviter une nouvelle guerre ?

Ce n'était pas pour éviter la guerre ! Lorsque le cartel d'IG Farben se réunit en Allemagne, c’est pour des conquêtes de marchés. Et regardez qui a financé Hitler : des grands conglomérats comme IG Farben ou BASF. Hitler était en fait main dans la main avec eux, presque leur porte-parole. Le projet, de nature industriel, consiste donc dans son essence à arrêter de laisser aux peuples le droit de choisir leur destin pour prendre le pouvoir et le confier à une technostructure qui n'a aucun compte à rendre. La première tentative via Hitler n'était vraiment pas présentable avec sa dictature sanglante, mais sous une forme beaucoup plus maligne, on parvient au même résultat. Alors quand vous me parlez d'Europe démocratique, je vous rappelle que ce mot vient du grec dêmos kratos. Cela veut dire le pouvoir du peuple. Il faudrait donc qu'il y ait un peuple européen, or il n'y en a aucun ressenti. Pourquoi les Français se sentiraient solidaires des Estoniens ? Ils ne savent même pas qu'ils existent. En revanche, les Bretons savent très bien qui sont les Savoyards.

Etait-ce le cas il y a 200 ans ?

Nous ne sommes plus il y a 200 ans.

Ben oui, les choses évoluent.

Mais pourquoi fusionner avec des Estoniens alors que nous avons des pays beaucoup plus proches avec lesquels il faudrait prendre ses distances ?

Un malentendu ne vient-il pas de l'utilisation erronée du terme fédéralisme ? A vous écouter, l'Europe fédérale, c'est la centralisation absolue, une dictature. Or la base du fédéralisme, c'est le respect des peuples différents, avec l'autonomie la plus forte possible le plus bas possible, et des compétences gérées en commun à un niveau supérieur. Ce n'est pas la négation des peuples. Et même avec les Lettons, on peut avoir des intérêts communs, tout comme avec les Marocains d'ailleurs. Ce n’est pas incompatible.

Non, car on n'a pas du tout le même projet politique vis-à-vis des Marocains et des Lettons. On va fusionner avec les Lettons, pas avec les autres, et c'est contraire à la réalité.

Le terme fusion ne correspond pas à ce qu'est le fédéralisme. La fusion, c'est assimiler tout le monde pareil, comme l'a fait la France avec des Français censés être tous les mêmes. Le fédéralisme, ce n'est pas du tout ça. J'ai d’ailleurs vu que vous deviez donner cette semaine une conférence à Genève qui parlait du modèle suisse, mais elle a été annulée. Voilà ce qu'est le fédéralisme, un pays avec 26 cantons et quatre langues. Et ça marche bien. Ce ne serait pas un bon modèle pour une Europe qui fonctionne ? Le respect des particularités de chacun et la convergence d’intérêts qui peuvent être communs. Ce qui n'empêche pas de bien s'entendre avec le Maghreb, voir de créer parallèlement une fédération méditerranéenne.

Je n'avais pas donné mon accord pour cette conférence, et je ne vois pas la Suisse comme un modèle européen. C’est peut-être effectivement l'exemple le plus convaincant dans votre thèse, mais dans les autres pays fédéraux que peuvent être les Etats-Unis ou l'Allemagne, on a une montée en puissance constante de l'Etat fédéral. Et puis la Suisse est un petit pays très particulier dont le modèle n'est pas transposable au niveau européen. J'observe d'ailleurs qu’elle refuse d'entrer dans l'Union européenne.

Peut-être justement parce qu'elle sait ce qu'est le fédéralisme, que l'Europe actuelle ne respecte pas ses principes et qu'elle y perdrait donc sa particularité si on lui imposait des choses qu'elle ne veut pas. Alors qu'avec un vrai modèle fédéral, on n'imposerait pas aux Français de vivre comme les Lettons.

Retenez bien que le projet européen lancé dans les années 1920 a été repris par les Etats-Unis. Ils sont à la manoeuvre. Et l'intérêt actuel de la construction européenne, c'est ce que j'appelle le stratagème d'échelle : mettre de plus en plus d'Etats dans un périmètre baroque, car vous parlez de géographie, mais ça ne veut rien dire.

Il y a bien un continent qui existe.

Ça ne veut rien dire. Si vous allez à Séville, vous voyez Tanger par beau temps. Les échanges sont incessants alors que vous êtes à des milliers de kilomètres de la Lettonie.

Forcément, un continent a des limites, qui sont proches du continent d'à côté.

Mais vous voyez bien l'absurdité du système. Pourquoi faudrait-il faire des Etats continents ? Cela n'existe pas ! Vous faites comme si cette idée européenne avait germé dans des cerveaux totalement innocents et que cela avait été perverti par le système. Alors que c'est le système qui ne peut pas fonctionner, de par sa conception. Vous rêvez d'un monde idéal...

Je ne vous parle pas d'un monde idéal mais de ce qu'est le fédéralisme. Et vous parlez de sa perversion par la construction européenne.

Le fédéralisme ne peut exister qu'entre des peuples qui se connaissent, comme le peuple suisse, qui est le résultat de l'Histoire. Si on avait une dictature en Europe pendant 300 ans, peut-être qu'on finirait par se connaître et que, selon l'objectif qui est d'ailleurs actuellement poursuivi, tout le monde parlerait américain. Car la construction européenne est en fait décidée par les Etats-Unis. Ce sont eux qui dirigent l'élargissement de l'Europe. Vous passez donc un peu rapidement sur les forces agissantes. Et sur le fait qu'alors que ça ne marchait déjà pas bien à quinze, à vingt-huit, c'est la catastrophe car on ne peut plus rien décider.

Le problème est qu’on élargit l’Europe sans approfondir d’abord les liens existants entre les Etats membres…

On mets des peuples ensemble par simple continuité géographique, et cela n'a aucun sens. Plus on a de pays dans l'attelage, plus ça ressemble à une Tour de Babel, avec un seul idiome qui est en fait américain. Alors il faudra bien un jour que les européiste acceptent de commenter la situation. Car ceux qui ne sont pas entrés dans l’Union européenne, comme la Norvège ou la Suisse, se portent beaucoup mieux que les Etats membres, et ceux de la zone euro sont les plus mal.


Il ne pourrait pas y avoir un réveil des peuples qui verraient que cette Europe n'est pas bonne et en réclameraient une autre respectant les différences ? Car le cours de l'histoire amène tout de même à réfléchir à des échelles plus grandes. Aujourd'hui, on est d’ailleurs de plus en plus face à des problématiques mondiales pour lesquelles ça ne sert à rien de décider tout seul derrière sa frontière.

Je n'ai jamais dit qu'il fallait que la France soit derrière ses frontières, je parle de l'ONU. Dans notre charte fondatrice, il y a une vision précise du troisième millénaire disant que les pays doivent faire le deuil de leur volonté d'imposer leurs valeurs au monde. Il faut établir un nouveau concert des nations, comme en 1815 après les guerres napoléoniennes, qui établisse une espèce de mode de vie entre les nations, sans qu'aucune ne cherche à dominer les autres. Sans cette volonté impériale qui a parcouru toute l'histoire du monde occidental. Et à chaque fois, ça relevait de l'aigle, l'Empire Romain, byzantin, le Saint Empire romain germanique...

Le Saint Empire romain germanique pouvait respecter les différences.

Allez en parler à François 1er, car la France a failli disparaître.

En Savoie, notre particularisme a plus été respecté par l'Empire romain germanique que par la France.

Voilà un discours promu par toute une idéologie qui ne vient d’ailleurs pas d’Europe.

Ah bon ? Mais la Savoie dans le Saint Empire, c'était le respect de sa langue, de son autonomie, de qu'elle était. Quand la France arrive, ce n'est plus du tout ça. On éradique la langue, la culture, et on enrôle les hommes dans la conscription avec des milliers de morts à la clé.

Ce discours qui se développe sur l'Europe des régions, allez voir ce qu'il y a derrière. Derrière l'indépendantisme catalan ou écossais, l'objectif est la destruction des Etats d'Europe pour arriver à des régions qui ont la taille des Etats américains. La destruction de la France, de l'Espagne ou du Royaume Uni, remplacés par des régions équivalents à trois ou quatre départements où l'on valorisera de façon folklorique les idiomes locaux, mais où tout le monde parlera américain.

A propos des Catalans, vous relevez qu’ils écrivent en anglais sur des pancartes lors de manifestation, ce qui signifierait qu'ils sont soumis aux Américains et veulent parler leur langue. Mais en Catalogne, on valorise à fond la langue catalane. Après, c'est sûr que si vous voulez alerter l'opinion internationale lors d'une manif et être compris, il vaut mieux avoir quelques pancartes en anglais. Ce n'est pas pour autant qu'ils sont à la botte des Américains.

Ils luttent prétendument contre l'impérialisme culturel espagnol, mais ça ne les dérange pas que tout soit en Américain et que des Mc Do se développent partout.

Tout n'est pas en Américain en Catalogne, tout est en Catalan. C'est la langue qu'on enseigne à l'école, qu'on parle dans la rue, dans les magasins. Quant aux Mc Do, il y en a aussi à Madrid, comme à Paris et à Chambéry !

Mais l'idée développée est que tous les maux viendraient de l'Espagne. D'ailleurs, ces indépendantistes de pacotille demandent l'indépendance de la Catalogne dans le cadre de l'Europe. C’est toujours ainsi, comme avec Jean-Guy Talamoni qui voulait l'indépendance de la Corse dans l’Union européenne.

Et alors, c'est logique.

Mais qui parle le catalan à part les Catalans ? On s'en fout du catalan, et au bout du compte c'est la mort de la langue espagnole en Espagne et le développement de l'américain.

Eventuellement la fin de la langue espagnole en Catalogne, mais elle ne va pas mourir à Madrid.

C'est comme si vous me disiez que la langue française ne disparaîtra pas en Ile de France...

En Savoie, ne vous inquiétez pas, ça ne devrait pas arriver de sitôt...

Le gouvernement français lance actuellement des réformes pour développer le breton en Bretagne. On l'impose de force, on crée des écoles Diwan...

Ce sont des écoles privées, on n'est pas obligé d'y aller.

Il y a plus de jeunes Français qui apprennent le Breton que le Chinois ou le Russe !

C’est vrai ?

Je peux vous l'assurer. C'est quand même extraordinaire, on partait d'une construction européenne qui était l'ouverture sur le monde, et on finit sur un truc où on ne veut ni les noirs ni les Arabes et où on va parler breton ou basque.

Vous dramatisez ce sujet et n’êtes pas très honnête quand vous assimilez les régionalistes bretons à des nazis parce que leur drapeau a été créé dans les années vingt et que les indépendantistes ont collaboré avec l’Allemagne d’Hitler. Aujourd'hui, les Bretons ne sont plus nazis, mais vous laissez entendre que les gens de l'UDB, pourtant clairement à gauche, le sont encore.

La gauche ne veut rien dire, car tout ça est indissociable de la construction européenne. Et ce qui est fascinant dans votre discours, c’est que vous ne voulez pas voir les Etats-Unis à la manœuvre.

Et vous, vous êtes quand même assez parano à voir partout la main des Etats-Unis, alors que là, je vous parle juste des Bretons qui ne sont plus des nazis.

Mais les Etats-Unis sont derrière le développement des cultures régionales, car c'est diviser pour régner. Et la France est l'empêcheur d'impérialiser en rond, donc l'ennemi numéro un. C’est le contrepoids au monde anglo-saxon, car nous sommes un pays très égalitariste. Nous avons inventé la déclaration des droits de l'homme et fait la Révolution française. Dans le monde entier, on est vu comme un modèle.

Aujourd'hui, les Français sont aussi perçus à l’étranger comme des gens assez prétentieux qui se prennent pour le centre du monde car originaires du pays des Lumières…

Justement parce que nous sommes en guerre avec l'Amérique, et les Français ne le savent pas. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est Mitterrand.

C'est donc les Américains qui nous feraient une mauvaise réputation ?

Leur objectif est de démanteler la République française par la construction européenne. Et si la France vole un jour en éclat, on en verra les conséquences. On aura des régions croupions qui ne pourront plus s'opposer à l'Empire. La France, au conseil de sécurité de l'ONU, elle a dit non à l'impérialisme américain en Irak. Alors que si on a une Bretagne, une Savoie, une Corse indépendante, c'est du gâteau.

Seulement si l’affaire est pliée, que l'Europe est une dictature et que toutes ces régions n'ont que le pouvoir de se taire et d'obéir aux Etats-Unis.

Mais alors que a France est déjà pieds et poings liés à l'oligarchie, comment voulez-vous qu’un pays vingt fois plus petit puisse faire entendre sa voix ?

Parce que ces régions pourraient se fédérer et donner à l'Europe un vrai poids indépendant des Etats-Unis.

Avec des si, vous mettriez Paris en bouteille.

Avec des si, on peut aussi croire à la France éternelle qui va retrouver son lustre d'antan car elle est le phare du monde.

Je ne dis pas que c'est le phare du monde.

Quand même un peu !

Je dis juste que c'est un pays important dans le monde.

En tout cas, comme la France, les Etats-Unis ne sont plus ce qu’ils étaient. Ils sont beaucoup moins respectés, moins fort, et au bord de la déroute financière. Alors même s’ils ont manœuvré pour créer cette Union européenne, arriveront-ils forcément à leur fin ? Les peuples pourraient aussi s'en émanciper et reconstruire une démocratie par le bas. Et puis vu qu’on est quand même face un système en faillite, plutôt que de se focaliser sur ce qui s'est passé depuis cinquante ans, l’Europe pourrait porter une volonté de tout remettre à plat. Non pas la technocratie de Bruxelles, mais les peuples européens.

C'est vrai qu'un déclin américain est enclenché, et la roue tourne. Il n'en demeure pas moins qu’ils ont mis en place cette construction européenne totalement artificielle et auto-bloquante. Une majorité d'Etats veut se placer sous l'autorité de Washington et les traités ne peuvent être réformés qu'à l'unanimité.

Il faut sans doute un autre mode de gouvernance.

Mais pourquoi ? Postulons que vous habitez dans un immeuble avec 28 colocataires, avec certains qui se tirent la bourre, des factions, et vous me dites : il faut détruire l'immeuble et en reconstruire un avec les 28 mêmes. Alors que dans cet immeuble, vous avez des liens avec trois ou quatre voisins, il y en a que vous ne connaissez pas, d’autres que vous n’appréciez pas. Et surtout, vous avez des liens beaucoup plus étroits avec des amis de l'autre côté de la rue, dans une autre ville ou dans un autre pays.

Mais dans l'immeuble, vous avez en fait des liens avec tous et il y a des choses que vous devez faire ensemble, comme l'entretien des parties communes ou la réfection de la façade. Pour ça, vous êtes obligé de vous mettre d'accord. Votre exemple illustre en fait la nécessité du fédéralisme quand il y a une proximité territoriale.

La métaphore a ses limites, mais en réalité, c'est de façon tout à fait artificielle qu'on dit que la France a des liens avec l'Estonie, Chypre ou la Slovaquie. Cela n'existe pas, alors que ceux avec les Etats-Unis ou le Maghreb sont beaucoup plus forts. Donc la question est toujours la même : pourquoi vouloir faire quelque chose qui ne correspond pas à l'affection des peuples ?


Revenons sur ces régions pour lesquelles on peut avoir une véritable affection. Vous dites que l'Europe est derrière, à pousser pour leur autonomie voire leur indépendance, mais quand on voit ce qui se passe en Savoie, on en est vraiment très loin. Aussi bien du côté des régionalistes que des indépendantistes, on ne peut pas dire qu'ils reçoivent un quelconque soutien de Bruxelles ou des Américains. Il n'y a aucune puissance étrangère pour les soutenir.

Pour être honnête avec vous, il n'y a pas le même échos dans la population en Savoie qu'en Catalogne ou au Pays basque. Mais tout de même, les gens qui pensent comme vous devraient se poser la question sur ce qu'ils sont en train de faire. Car quand j'entends des Bretons dire que la Bretagne a été colonisée par la France, je suis désolé, mais le Premier ministre actuel est un Breton !

Un Breton qui ne s'assume pas comme tel car il ne veut pas que sa ville de Nantes soit rattachée à la Bretagne.

Oui, mais ça veut dire quoi ? On fait comme si ces régions étaient sous domination, alors que c'est comme les Corses. Quand on voit le poids qu'ils ont dans l'administration française, il est considérable. En fait, ce sont des mouvements fondamentalement contre-révolutionnaires.

Vous dramatisez vraiment la situation, comme lors du référendum en Alsace. Une simple fusion de départements, qui ressemblait plutôt à une mesure de bon sens, devenait pour vous la signe de l'impérialisme américain qui débarquait en Alsace.

Cela a été rejeté par les Alsaciens.

Oui, car Mélenchon, Marine le Pen, vous ou ceux qui s'appelaient les brigades républicaines, ont dramatisé ce referendum en y voyant le démantèlement de la France. Tout ça pour une fusion de deux départements.

Déjà, le Haut-Rhin a voté contre car il ne voulait pas se retrouver sous la coupe de Strasbourg.

Cela après la campagne très virulente de différents mouvements nationalistes, dont le vôtre.

Ce ne sont pas des nationalistes ! Mais l'idée qu'il y a derrière, comme d'ailleurs en Savoie, c'est de donner à ces régions l’autorité pour aller négocier directement des budgets avec Bruxelles. Donc il faut bien voir qu'au bout du compte, le processus est celui en train d'arriver en Catalogne, le démembrement du pays.

Regardez la Savoie, une région qui, historiquement, était sur trois pays actuels. Avec Genève, il y a toujours des liens très forts, notamment économiques, et avec le Val d'Aoste, ils sont territoriaux, historiques et linguistiques. Qu'une euro-région se fasse ici, ça serait tout à fait naturel. Et si elle a besoin de traiter directement avec Bruxelles, où est le mal ?

Le mal, c'est qu’au terme de ce processus, il y a la destruction de la France. Alors je peux concevoir que les Américains veulent ça, car c'est diviser pour régner. Mais pas les Français.

Il s’agit surtout de gérer au mieux une région suivant ses particularités et sa réalité territoriale.

Non, c'est une présentation pour les enfants des écoles, un conte de fée, comme quand on a vendu l'euro aux Français en leur disant que ça serait trois fois rien et qu'on n’aurait plus de problème de taux de change. Mais sans leur dire qu'une monnaie unique impose une convergence des compétitivités et des économies, et que l'économie la plus compétitive impose aux autres son mode de vie. Donc qu'on serait obligé de suivre le modèle allemand où il n'y a plus de smic. Ceux qui avaient dit ça étaient considérés comme complètement siphonnés, mais ce sont eux qui avaient raison. Là, c'est pareil quand j'alerte sur ces histoires de régions. Les Espagnols sont d'ailleurs en train de s'en rendre compte et toute une partie de l'armée a dit : attention.

Parce qu'il y a un refus espagnol du désir d'émancipation catalan.

Franchement, préparer le monde demain, ce n'est pas se refermer sur des idiomes ou des langues régionales sympathiques, mais qui n'ont pas débouché sur une grande littérature mondiale et ont peu de rayonnement. Cela ne serait pas mieux d'apprendre à parler le Japonais ou le Chinois ?

Ce n'est pas incompatible, et tous les linguistes vous le diront : quand vous maîtrisez plusieurs langues étant jeune, vous avez plus de facilité pour en apprendre de nouvelles. Regardez les Suisses, ou peut-être mieux, les Luxembourgeois, ils parlent souvent trois ou quatre langues de façon naturelle car ils les ont appris très jeunes. Ce n'est pas le cas en France.

Je ne pense pas que cela soit au profit d'une très grande littérature suisse.

Nous, on aime beaucoup Denis de Rougemont, un écrivain suisse que vous devez abhorrer...

Non, je ne l'abhorre pas, je ne suis pas celui que vous pensez. Et je sais bien que la construction européenne, dans les débuts, a pu avoir quelque chose d'enthousiasmant. Des échanges entre les pays ont eu du positif, mais, dans le monde d'aujourd'hui, il n'y a aucune raison pour que ces échanges se limitent au périmètre racialiste de la construction européenne sur lequel est fondée la construction européenne.

Il y a un territoire européen, mais cela n'implique pas une vision racialiste limitant les échanges aux membres de ce territoire.

Si, car l'Europe c'est la guerre. Et alors qu'on va commémorer le centenaire de 1914, contrairement à ceux qui disent que l'Europe empêche le retour à 1914, moi, je dis qu'elle va nous y renvoyer. L'Histoire ne se répète jamais mais elle bégaye tout le temps. Le reich et les boches d'aujourd'hui, ce sont les Arabes. Et si on veut la paix dans le monde, il faut faire ce qu'a fait Jaurès en 1914, ou Chirac et Villepin en 2003, c'est-à-dire refuser le jeu des alliances automatiques qui nous entraînent au désastre. A l'époque, c'était une alliance entre la Russie, la Serbie, la France et l'Angleterre. Elle devait prétendument assurer la paix contre les gros méchants qu'étaient les empires centraux allemand et Austro-hongrois, et dans une moindre mesure ottoman. Comme François Ferdinand a été assassiné à Sarajevo, que l'Autriche a déclaré la guerre à la Serbie, la Russie a mobilisé et on est entrée en guerre.

Il y avait aussi en France un désir de revanche en souvenir de 1870...

C'est vrai, mais pas tant que ça. L'affaire de l'Alsace-Lorraine était derrière nous, les rivalités coloniales et leurs débouchés commerciaux étaient plus problématiques. Mais aujourd'hui, c'est la même chose avec les guerres au Moyen-Orient. Les empires centraux à combattre sont désormais le monde arabo-musulman, ce qu'on nous dit toute la journée en parlant de la guerre contre le terrorisme. Et la construction européenne nous y entraîne avec cette séparation dont je parlais entre les torchons et les serviettes. La politique de choc des civilisations ourdie par les think tank américains et la construction européenne nous entraînent dans cette direction. D'ailleurs, avec l'affaire syrienne, on n'est pas passé loin de la troisième guerre mondiale.

Ce n'est pas l'Europe qui a poussé à ça. C'est plus la France de Hollande qui était va-t-en-guerre, avec les Etats-Unis, et sans le soutien de Bruxelles ou des autres pays européens.

Vous oubliez un point de détail : John Kerry est allé à Vilnius réunir tous les ministres des affaires étrangères européens qui, comme un seul homme, ont dit : oui, Bachar el Assad est un grand méchant et c'est à cause de lui qu'il y a eu le gazage.

Reste que celui qui parlait et voulait faire la guerre en Europe, c'était Hollande, pas la ministre européenne des affaires étrangères.

Mais pour l’Irak, la plupart des pays européens étaient pour l'intervention derrière les Etats-Unis, la France étant contre et l'Allemagne, toujours prudente, restant neutre.

En fait, cela dépend du rapport de chaque pays avec les Etats-Unis, pas de l'Europe en tant que telle.

C'est vrai qu'il y en a qui trainent les pieds, mais quand on voit la réunion avec Kerry, ils vont tous dans le sens d'une intervention, même si après, ils disent : finalement, on ne peut pas, allez-y vous... Mais sur le fond du sujet, ils s'étaient alignés sur les Etats-Unis.

Au fait, est-ce que ça vous choquerait que la Savoie devienne une région et se sépare de Rhône-Alpes ?

Euh...

Vous voyez, Rhône-Alpes, pour la Savoie, c'est un peu comme l'Europe pour la France. On se retrouve avec des départements comme l'Ardèche ou la Loire avec qui l’on a peu de liens et peu d'échanges.

Ce sont des débats peu intéressants et chargés de plein d'arrières-pensées. C'est comme quand les autonomistes bretons demandent le rattachement de la Loire Atlantique à la région Bretagne. Il y a des arrières-pensées. Vous ne m'avez d'ailleurs pas encore fait le numéro de sortir je ne sais quel traité de 1860...

Ah, ça, ce n'est pas pour demander de sortir de Rhône-Alpes, mais pour revendiquer l'indépendance devant des juridictions internationales !

Dans les Pyrénées orientales, on me sort un traité des Pyrénées de 1659...

En Savoie, c'est assez intéressant et original le côté juridique, mais là, je vous parle juste de la réalité territoriale de la Savoie dans Rhône-Alpes aujourd’hui, et pas d'un traité plus que centenaire.

C'est de la diversion intellectuelle. Je préférais que les gens se rendent compte que la France a été un très grand pays dans le monde et que nous avons les moyens, avec son legs historique, de défendre un modèle de civilisation fondée sur l'égalité de traitement devant les grands actes de la vie, comme la maladie ou l'éducation. C'est une culture, un rayonnement mondial, car beaucoup se sont prévalus de la France pour défendre la liberté de leur peuple. Si par malheur on la détruisait pour avoir prétendument plus de libertés au niveau local, le monde occidental ne serait plus représenté que par les anglo-saxons. D'ailleurs, la voix de la France manque déjà aujourd'hui au concert des nations. Elle avait une voix d'équilibre qui est en train de disparaître, et la position de Hollande sur la Syrie est une honte absolue. Je n'ai pas envie d'un univers où l’on boufferait partout du Mc Do et du KFC, où l’on parlerait le globish en croyant qu'on est libre et où l’on s'habillerait chez H & M. Ce vers quoi on va.

Du coup, votre programme, c'est de reprendre l'étendard français et de ré-imposer sa voix et son pouvoir ? Avec votre mouvement, l’UPR, vous vous comparez d'ailleurs à De Gaulle et au Conseil national de la résistance.

Notre programme, c'est d’abord la sortie de l’Union européenne et une constitutionnalisation du siège de membre permanent au Conseil de sécurité. Car avec l'Union européenne, on va nous dire de lui céder notre siège permanent, tout en en donnant un à l'Inde, par exemple. Mais cela voudrait dire céder notre siège aux anglo-saxons, et la fin d'une voix originale.

Entretien : Brice Perrier


François Asselineau donnera une conférence, L’Europe dictatoriale, à Chambéry à l’espace Pierre Cot, quai des Allobroges, le samedi 9 novembre de 17h à 22h. Plus d'infos ici.



 

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