D'ici mars prochain, les centristes ont décidé de partir à la reconquête de la Savoie. Pour y parvenir, ils lâchent l'UMP, s'unissent et font renaître l'UDF. La « troisième voie » est de retour.
C'est désormais officiel. Les candidats issus du Modem, du Parti radical valoisien et du Nouveau centre partiront en campagne de manière autonome au sein de l'Alliance pour un centre en Savoie pour les élections cantonales de mars prochain. « Nos dirigeants respectifs ont fait éclater la famille centriste, nous on réinvente la dynamique, car ce qui nous unit est beaucoup plus fort que ce qui nous divise », annonce Marina Ferrari, présidente du Modem en Savoie, d'autant plus que, poursuit-elle, « l'actualité prouve qu'une troisième voie est nécessaire en France, notamment dans notre département ». « On espère que notre initiative fera boule de neige au niveau national », ajoute Michel Duval, président local du Parti radical valoisien.
Puis Lionel Mithieux, maire Modem de Vimines et conseiller général du canton de Cognin, de renchérir : « si on montre l'exemple en local, le national suivra ». Mais d'ici à ce que Jean-Louis Borloo, François Bayrou et Hervé Morin soit main dans la main face à l'UMP de Nicolas Sarkozy, revenons à la démarche, unique en France et pas franchement soutenue à Paris, de nos centristes savoyards.
Faire renaître l'UDF en Savoie ?
En fait, cette alliance savoyarde des centristes, c'est Lionel Mithieux qui en est à l'origine. « Après avoir obtenu l'accord du Modem, j'ai pris mon bâton de pèlerin pour aller convaincre les autres formations centristes », explique celui qui se surnomme lui-même le « dernier mohican centriste » du conseil général. En bon prêcheur, il convainc tour à tour le Nouveau centre et le Parti radical valoisien de lâcher l'UMP et Hervé Gaymard pour le rejoindre et ainsi « faire renaître l'UDF en Savoie, au delà de ce qui se passe nationalement, autour d'un vrai projet local pour tous ». Sur sa lancée, le maire de Vimines tente même de sceller les retrouvailles avec les centristes du Parti radical de gauche, alliés depuis 1971 avec les socialistes et aujourd'hui dans l'opposition de gauche au conseil général. En vain. « Ils ont choisis de rester les grands amis du PS, ils n'ont pas compris le message », regrette t-il.
Et ce message centriste adressé aux savoyards, que dit-il ? « On se retrouve autour d'un projet, autour de vraies valeurs, afin de répondre aux attendes des habitants », répond Jean Pollier, délégué départemental du Nouveau centre. Oui, mais plus précisément ? « Nous travaillons autour de trois thèmes : humanisme, république et développement durable », ajoute Marina Ferrari. « Il s'agit de défendre les valeurs républicaines », insiste Jean Pollier, tandis que pour Michel Duval « il faut faire vivre le centre en Savoie ». Et concrètement, le programme ? « On n'en dira pas plus pour le moment », conclu la présidente du Modem en Savoie. Si l'on veut juger sur le fond, il faudra donc attendre...
L'héritage de Jean Blanc liquidé ?
A six mois des élections, les centristes savoyards se disent prêts à en découdre : « nous sommes en ordre de bataille ! ». Ils assurent avoir déjà trouvé la moitié des candidats pour les cantons renouvelables en mars prochain et avoir réglé les situations de blocage – c'est-à-dire de concurrence entre plusieurs candidats centristes dans un même canton. Comme pour le programme, nous n'en serons pas plus... si ce n'est, dixit Lionel Mithieux, que les candidats sont « reconnus au niveau local et que certains se sont déjà présentés à d'autres élections ». Marina Ferrari par exemple ? « En réflexion... ». Jean Pollier alors ? « C'est dans l'air du temps, rien n'est arrêté ». Et Michel Duval ? « Non ». Quant à Lionel Mithieux, dont le mandat de conseiller général ne sera renouvelable qu'en 2014, il soutiendra les candidats centristes aux quatre coins du département pendant la campagne.
Ces candidats centristes seront en fait opposés au premier tour aux candidats de Savoie pour tous (PS et alliés) et de l 'Union pour la Savoie (UMP et alliés). Une première depuis le début des années 80, puisque jusque-là cette dernière réunissait les héritiers des mouvements UDF et RPR. Le « dernier mohican centriste » du conseil général assume la mise à mort de ce rapprochement initié par l'ancienne figue du centrisme savoyard, Jean Blanc. Il défend même vigoureusement cette autonomie nouvelle : « A l'époque l'UDF était très forte, ce qui permettait une alliance équilibrée. Mais on s'est fait grignoter d'année en année. Nous avons amené des voix, mais nous avons eu de moins en moins d'élus ». Vu comme ça, on peut comprendre...

Guerre ouverte entre les centristes et l'UMP ?
« Maintenant, c'est fini ! », averti Lionel Mithieux qui n'a pas oublié la manière dont il a été traité en 2008 par l'UMP, lui le candidat du centre droit. « A un certain moment, quand un candidat du centre gêne, on lui met des bâtons dans les roues ». Traduction : l 'Union pour la Savoie avait investi au premier tour un candidat face au maire de Vimines. Cette fois-ci, chacun partira de son côté dès le début. Et au second tour alors, les centristes se tourneront-ils à nouveau vers la droite ? « Il n'y aura aucune alliance d'intérêt. S'il y a alliance, il s'agira seulement d'alliance de projets. Sinon, nous serons présents au second tour et nous gagnerons », explique à deux reprises l'actuel conseiller général de Cognin pour être sûr de s'être bien fait comprendre.
Pendant ce temps, l'actuel président UMP du conseil général, Hervé Gaymard, aurait du mal à trouver des candidats Union pour la Savoie pour tous les cantons renouvelables, y compris dans son fief de la Tarentaise. C'est en tout cas les bruits qui circulent dans la vallée. Là-bas, les mauvaises langues – ou les gens bien informés, tout dépend de la façon dont on envisage les choses – laissent entendre qu'Hervé Gaymard essayerait de débaucher des élus municipaux centristes ayant l'ambition d'être conseiller général, pour qu'ils portent les couleurs de l'Union pour la Savoie. Si c'est effectivement le cas et s'il y parvient, l'actuel président du conseil général réaliserait un joli coup politique : un pied de nez aux velléités autonomistes centristes d'un côté, et la zizanie dans les municipalités de gauche où siégeraient les élus concernés de l'autre. Mais chut, il ne faut rien dire de ses éventuelles tractations. C'est confidentiel.
Quelle alliance pour les centristes ?
Le divorce entre les centristes et l'UMP semble serait donc bien consommé. « Notre alliance a vocation à exister de façon autonome au conseil général, et pas que pour ces élections », stipule la présidente du Modem en Savoie. Lionel Mithieux confirme. Pour y parvenir, les centristes lorgneront sans doute du côté des conseillers généraux sans étiquette, qui siègent actuellement dans les groupes Union pour la Savoie et Savoie pour tous mais qui verraient pour certains d'un bon oeil la fin du leadership de leur tête de fil respectif : Hervé Gaymard et Thierry Repentin. Dans les couloirs du conseil général, il se murmure même que d'actuels soutiens du premier serait prêt à appuyer le second en cas de basculement à gauche de l'assemblée départementale... et que des soutiens actuels du second pourrait voir l'arrivée d'un groupe centriste au conseil général comme une opportunité à saisir, et ce même s'ils se sont montrés hostiles dans un premier temps à l'alliance centriste.

Bref, Lionel Mithieux et les centristes ont un vrai coup à jouer... à moins que la division ne soit de retour plus vite que prévue dans leurs rangs. C'est que contrairement au Modem, l'autonomie ne signifie pas pour le Nouveau Centre la fin de l'alliance avec l'UMP au sein de l'Union pour la Savoie dans l'assemblée départementale. Jean Pollier l'a confirmé à nos confrères de la Tvnetcitoyenne : « j'espère que l'UPS continuera à vivre comme elle l'a fait par le passé et qu'il y aura des centristes présents et représentés au sein de cette union départementale ». Cela ressemble tout de même fort à une première dissonance au sein de la toute nouvelle alliance centriste savoyarde...
Quelle cohérence politique ?
Reste maintenant à convaincre les Savoyards de la cohérence de leur démarche et de leur projet. Et c'est là que l'affaire se complique. Car actuellement en Savoie, c'est dur de suivre les centristes... une fois, ils font alliance avec la droite, une autre fois avec la gauche ; parfois, ils peuvent se retrouver en même temps dans l'opposition et dans la majorité d'une municipalité. « Nous n'avons pas de problèmes de positionnement contrairement à ce que certains veulent nous faire croire : on le prouve au quotidien », soutient Marina Ferrari. La présidente du Modem en Savoie connaît bien le sujet puisqu'elle est élu dans une majorité UMP à Aix-les-Bains, alors que le vice-président local de son parti, Michel Haudry, siège lui dans une majorité PS à Chambéry. A moins que l'on nous explique que Dominique Dord mène une politique de gauche dans la cité thermale ou que Bernadette Laclais mène une politique de droite dans la cité ducale, difficile tout de même de voir la cohérence dans tout ça. Surtout qu'à Chambéry, le Modem et le Nouveau centre soutenaient la liste UMP lors des dernières élections municipales... « Dans ce pays, on veut toujours mettre les gens à droite ou à gauche », déplore à son tour Lionel Mithieux, avant d'ajouter que les cantonales sont des « élections locales qui se font avec des valeurs, autour d'un homme qui a un vrai projet ». Il ne manque donc plus que les candidats et le programme...
Au final, ce sont bien les électeurs savoyards qui décideront s'ils souhaitent ou non refaire de la Savoie une terre centriste... et ainsi sauver de la solitude le « dernier mohican centriste » du conseil général.
Mikaël Chambru


Commentaires
Il suffira pour s'en éclairer de regarder les cantons dans lesquels li n'y aura pas de candidats centristes pour ne pas gêner l'UMP et les cantons sans candidat UMP!
Il est vrai qu'Hervé Gaymard a déjà pris contact avec des centristes pour leur proposer des cantons sans candidat UMP en leur disant qu'ils pourront garder leurs idées sous une seule condition : voter pour lui au poste de président du Conseil général.
Quant à la troisième voie, promise en son temps par François Bayrou, elle est clairement tenue aujourd'hui en Pays de Savoie par l'alliance EE et régionalistes (MRS).
Rappelons les résultats des élections de 2009 et 2010 : centristes = 4%, EE+RS = 20%.
Si les centristes voulaient vraiment le "changement de voie", ils auraient choisi EE+RS+Centre : et là, nous pourrions vraiment et réellement bousculer l'hégémonie droite-gauche !
Si l'on voulait vraiment faire des pays de Savoie une terre d'innovation politique, ne serait-ce pas une voie de réflexion, celle qui correspond à l'aspiration d'un grand nombre de savoyards; on l'a vu en 2007 avec le score de Bayrou (20%)et ces deux dernières années avec celui de EE+RS (20%). Il y a donc une frange commune importante entre ces deux électorats !
Le projet de fusion de nos départements en une collectivité territoriale autonome et expérimentale avec cette nouvelle voie politique, hors des droites et gauches traditionnelles...
un beau projet, n'est-ce pas ?
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