Un téléphone portable est-il plus précieux qu'un enfant ? Telle est la grande question posée par Snow Therapy, website drame existentiel en station ayant la Tarentaise pour théâtre.

D’abord le pitch, information pills excellent : en vacances au ski dans les Alpes, Thomas (le mari), Ebba (sa femme) et leurs deux progénitures sont installés à la terrasse d’un restaurant d’altitude. Le soleil brille, les pistes sont magnifiques mais, l’instant idyllique va être interrompu par plusieurs explosions, déclenchées volontairement pour prévenir les avalanches. L'une d'elles, plus grosses que les autres fonce alors à toute vitesse sur le resto, provoquant un mouvement de panique générale. Alors qu’Ebba saute sur ses enfants pour tenter de les protéger au mieux, son mari, lui, a déjà pris la poudre d’escampette, ne pensant qu’à sauver sa propre peau, et son… téléphone portable.

La coulée de neige finira par épargner le resto, et nos petits Suédois en seront simplement quittes pour une belle frayeur sans bobos (si ce n’est se retrouver saupoudrés comme de vulgaires beignets). Mais l’incident va pourrir la fin de séjour de cette « famille idéale » et déclencher une avalanche de questions : Le bon père de famille n’est-il en réalité qu’un lâche ? L’instinct de survie est-il plus fort que l’instinct familial ? Quelle serait notre attitude face à une catastrophe ? Un téléphone portable est-il plus précieux qu’un enfant ? etc...

Un certain regard sur la montagne

Prix du Jury dans la sélection Un certain regard du dernier festival de Cannes, et tourné sur les domaines des Arcs et de La Plagne, Snow Therapy vaut autant pour sa mise en scène, tendue et haletante jusqu’au bout, qui joue sur les tensions et les non-dits pouvant miner une famille, que pour la façon dont Ruben Östlund, skieur lui-même et déjà auteur de plusieurs films sur le ski, a d’intégrer totalement l’univers de la montagne à l’histoire, et d’en faire un personnage à part entière à l’écran.
Loin des spots publicitaires nous vantant une montagne édulcorée et maitrisée pour le simple plaisir touristique façon Center Parcs, le réalisateur suédois applique une lumière crue sur nos massifs, filmés le plus souvent en plan large, d’un bloc pour souligner leur caractère brut, indomptable et même menaçant. Il y souligne la notion de danger et rappelle que, face à eux, nous ne sommes rien, ou pas grand-chose. La nature plus forte que la nature humaine, qui éprouve et révèle la véritable valeur des Hommes, en quelque sorte.

Des Arcs fantomatiques

La station des Arcs, dans laquelle se joue l’intrigue, apparait, elle, d’abord comme en équilibre, dans un plan stupéfiant où elle semble défier la gravité posée au bord d’un gouffre, puis comme totalement fantomatique. Avec ses infrastructures quasi désertes filmées dans des plans fixes, sans musique. Centres commerciaux aux lumières blafardes, palaces 5 étoiles sans âme qui n’est pas sans rappeler l’hôtel Overlook de Shining, couloirs vides et froids, et jusqu’au personnel, inexpressif, distant, voire presque transparent.

Les équipements de la station de Haute-Tarentaise sont également mis à contribution. Tapis roulants, perches et autres remontées mécaniques multiplient les grincements stridents, les bruits métalliques répétitifs et angoissants et ajoutent à la tension souvent glaçante du film.

Les stations, le côté « kistch » des riches

«  Imaginer l’histoire d’un drame existentiel qui se déroulerait dans une station m’a toujours paru attirant et en même temps terriblement contradictoire, explique Ruben Östlund dans la plaquette de présentation de Snow Therapy. Pour moi, les stations incarnent le côté kitsch des personnes riches qui s’encombrent d’équipement hors de prix, sophistiqués et bigarrés, et qui évoluent comme dans un immense aire de jeu, persuadés qu’ils ont le contrôle absolu de leur vie. La station des Arcs a été construite dans les années 1950, comme la plupart des stations de ski européennes, pour recevoir les familles de la classe moyenne, constituée d’une mère (qui travaillait parfois), d’un père cadre et de deux enfants. Les stations sont supposées être confortables comme le montre les publicités. Les vacances sont le moment où le père de classe moyenne occidental « redonne » à la famille pour compenser son absence, où il peut se dévouer à ses enfants et prendre soin d’eux. Mais en montagne, la nature et ses dangers sont omniprésents. Les précipices, la neige, les avalanches ; une force implacable qui peut à tout moment se déchainer. Les personnages de Snow Thérapy sont confrontés à cette force. »

A mourir de rire

Bien que présenté comme une comédie dramatique, Snow therapy, rythmé au son des explosifs des déclencheurs d’avalanches et des premières notes stridentes et magistrales du troisième mouvement en sol mineur de l’été ( ? ) de Vivaldi, rivaliserait volontiers avec le suspense d’un bon vieux polar baigné dans des brumes énigmatiques si, deux, trois scènes bien cocasses ne nous permettaient pas de souffler un peu. Dans l’une d’elles, d’anthologie, on y retrouve notre papa fuyard flanqué d’un compatriote viking à la barbe rousse énorme et aux faux airs du Big Lebowski, vautrés dans des transats les pieds en chaussettes et en éventail, de gigantesques bières à la main, se faire draguer (du moins c’est ce qu’ils croient !) par deux cagoles en goguette et en salopettes de ski, le tout sur fond d’eurodance assommante… A mourir de rire, étranglé, en mangeant son Krisproll.

Frédéric Delville

Snow Therapy de Ruben Ostlund avec Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli, Clara Wettergren… 1 h 58. En salle depuis le 28 janvier.


 

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