En jouant du cor des Alpes en haut du mont Blanc, Alexandre Jous a pris son pied. Et il a porté le son d’une Europe fraternelle à son sommet. Interview du joyeux corniste de l’extrême.

Voir un Chti jouer du cor des Alpes, order ce n’est pas courant. C'est même très étonnant d'apprendre qu'il est le premier non suisse ayant remporté le concours international de Nadaz, autant dire le championnat du monde de la discipline. Mais là, Alexandre Jous a fait encore plus fort. Ce musicien professionnel de 29 ans, qui vit aujourd’hui en Lorraine et séjourne très régulièrement depuis toujours en Savoie, est une sorte de corniste de l’extrême. Il ne se contente pas de jouer dans des orchestres car il adore pratiquer son instrument dans des lieux insolites. Par exemple au beau milieu du lac Léman, sur un mur en rappel, dans une soirée reggae ou au cœur d’un feu d’artifice. Ce qui l’amène ici, c’est son dernier exploit en date réalisé le 31 août, le plus beau : jouer l’hymne à la joie au sommet du mont Blanc. Telle une ode alpine à l’Europe et à la vie qu’il fait aujourd’hui encore vibrer dans La Voix en interview, en images et au cor.


Alexandre Jous, comment allez-vous près d’un mois après votre escapade au mont Blanc ?

C’est comme si j’y avais laissé une jambe !

Ah bon ?

J’avais de l’eau dans le genou quand j’ai entrepris cette ascension, et ça s’est transformé en une tendinite qui ne me lâche plus. Mais bon, je suis quand même très content de l’avoir fait et ne le regrette absolument pas.

Pourquoi être aller là-haut ?

Depuis mon enfance, je rêvais de monter en haut du mont Blanc. En plus d’être le toit de l’Europe, je trouve cette montagne très jolie. Elle a une forme assez marrante, comme un clin d’œil qui vous dit : viens !

Mais là, vous y êtes venu avec un cor des Alpes !

J’aime faire les choses pour les gens et donner le meilleur de moi-même, en associant mon image à celle de la lutte contre le cancer. Et puis je suis soliste, alors jouer là-haut, j’ai trouvé l’idée géniale. En même temps, au début, je voulais le faire à plusieurs. D’abord une fois seul en repérage, et l’année prochaine avec d’autres musiciens. Mais ça sera trop compliqué. Il y a déjà le problème de la météo très aléatoire. J’ai dû attendre la 7e tentative pour pouvoir grimper et on ne peut pas rassembler du monde avec un tel aléa. En plus, c’est quand même très dur le mont Blanc. Tout le monde ne peut pas le faire. Moi, j’adore la montagne, mais je n’ai jamais passé un moment aussi difficile. Sauf qu’arriver là-haut, j’ai vécu un bonheur intense, différent d’un acte sexuel, un truc que je n’avais jamais ressenti. Et alors que j’ai été deux fois champion du monde de cor des Alpes, la sensation éprouvée était aussi plus forte. Même si on a les lèvres gelées et qu’on n’arrive pas bien à jouer avec le manque d’oxygène.

On entend d’ailleurs peu la musique jouée en haut du mont Blanc sur la vidéo que vous avez tournée.

Oui, j’ai seulement mis le passage le plus réussi. J’ai joué une vingtaine de minutes, mais ce n’était la plupart du temps pas très bon. On ne se rend pas compte de la difficulté qu’il y a à jouer là-haut, avec le froid, le manque d’oxygène. Cela n’a rien à voir avec le faire à 3000 mètres.

Etes-vous un fervent Européen pour avoir joué L’hymne à la joie ?

Je suis Français mais je voyage un peu partout et, de plus en plus, je me sens plutôt Européen. J’ai l’impression d’appartenir à cette dimension géographique. Je m’en suis rendu compte un jour à Strasbourg où j’ai joué avec des Allemands ce chant qui est l’hymne européen. On était devant plein d’autorités, et ne pas jouer La Marseillaise et l'hymne allemand mais cet hymne m’a fait comprendre que j’appartenais à cette communauté. Peut importe la barrière de la langue, je trouve le symbole européen de plus en plus fort. Et j’ai envie de réunir des cors des Alpes à différents endroits pour nous relier à cette grande patrie dans laquelle l’avenir pourrait être meilleur pour tous.

D’où vous vient cette passion pour le cor des Alpes ?

C’est l’instrument le plus naturel, tout en bois. Il est limité en nombre de notes, mais de sa pureté jaillie la paix et l’amour. Il donne le frisson et permet de délivrer un message de réunion entre les peuples. C’est beau et grand comme vibration, ça marque les gens.

En jouant sur le mont Blanc, vous avez livré ce message dans une zone transfrontalière qui pourrait symboliser cette Europe que défendez.

Exactement. Je pensais d’ailleurs à jouer plusieurs morceaux de chaque côté des frontières françaises et italiennes en un clin d'oeil. Mais c’était trop dur ! Et puis je ne joue pas pour telle ou telle nationalité mais pour tout le monde. Je suis moi-même totalement transfrontalier car j’habite à Metz, en collusion avec l’Allemagne, la Belgique et le Luxembourg. Dans la fraternité entre voisins. Et quand je suis dans le chalet familial à Thônes, il y a aussi tout autour cette mentalité montagnarde qui dépasse les frontières.

Vous y venez souvent ?

Oui, et depuis toujours. D’ailleurs, si on me demande où je souhaiterais habiter, je dis en Haute-Savoie. Mais il vaut tout de même mieux que j’habite dans un pays plat. Car si j’y vivais vraiment, je ferais de la montagne tous les jours et je ne pourrais plus travailler mon instrument !

Finalement, alors que l’Europe est aujourd’hui bien souvent représentée par une bureaucratie et une politique monétaire stricte, vous lui redonnez une touche humaine !

Oui, c’est ça qui me parle, le mélange des cultures et des peuples. J’espère ainsi être un bon ambassadeur de la joie de vivre, tout simplement.

Propos recueillis par Brice Perrier


Retrouvez ici le site d’Alexandre Jous.


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