Nouveau rebondissement dans le projet de liaison des domaines skiables de Saint-Gervais et des Contamines-Montjoie. Le Préfet réclame désormais qu'il soit soumis à une procédure d'UTN. De quoi éviter le pylônage ?

Alors que les travaux préparatoires devaient débuter au cours du mois de juin, health le Préfet de Haute-Savoie vient de mettre un sérieux coup d'arrêt au projet de liaison des domaines skiables de Saint-Gervais et des Contamines-Montjoie via les crêtes du Mont Joly. Il s'est en effet prononcé en faveur d'un passage en procédure d'Unité touristique nouvelle (UTN), une procédure contraignante que réclamaient les opposants au projet depuis le printemps 2011 en s’appuyant sur les décrets d'application de la loi Grenelle 2 (voir notre article). Très concrètement, cela signifie que les services de l'Etat ont déclaré sans suite les demandes de permis de construire déposés par les sociétés concessionnaires le 25 avril dernier. Relancé en janvier 2011 (voir notre article) par le Syndicat d’aménagement intercommunal du Mont Joly (SAIM), le projet était pourtant en passe d'être réalisé au début de cette année (voir notre article).

Il s'agissait alors de créer d'ici l'hiver 2013 un télésiège entre la gare supérieure de celui du Mont Joly et les ruines de la Combaz, une dépose sur la crête pour les skieurs en provenance de Saint-Gervais ainsi que deux pistes de liaison de six mètres de large sur la crête entre le Véleray et le Mont Joly, comme on peut le voir sur les photos présentant le projet ci-dessous.


Une première victoire pour les opposants

« On a découvert la demande du Préfet au cours de l'été sur les panneaux d'affichage municipaux. Je ne vous cache pas que cela été une excellente nouvelle ! Cela marque un coup d'arrêt au projet et contraint les promoteurs à passer par une enquête publique où ils vont devoir justifier l'intérêt économique de la liaison des domaines skiables », se félicite Laurence Mathey de l'Association pour la sauvegarde du massif du Mont-Joly (ASMMJ). Les opposants au projet ont en effet de quoi se réjouir, puisqu'ils sont persuadés depuis le printemps 2011 qu’il n'a aucune chance d'aboutir en cas de demande d'UTN (voir notre article). D'ailleurs, les promoteurs ont tout fait pour éviter cette procédure, notamment en déposant les permis de construire juste avant l'entrée en vigueur des décrets d'application de la loi Grenelle 2 (voir notre article). Jean-Marc Peillex, le maire de Saint-Gervais et président du SAIM, jugeait lui-même la demande d'autorisation d'UTN non nécessaire il y a quelques mois. Qu'en pense-t-il aujourd'hui ? « Il n'y a pas de réactions à avoir sur cette demande des services de l'Etat. Une fois le Préfet nous signale par courrier qu'une demande d'UTN n'est pas nécessaire et une autre il nous indique l'inverse. Nous avons donc deux avis contradictoires sur le même projet, donc rien nous dit qu'il y aura un passage en UTN ». C'est le statut quo ? « Nous sommes toujours la phase de procédure », précise-t-il.

L'autorité environnementale tique

Entre temps, il y a eu aussi l'entrée en scène de la fétuque jolie. Souvenez-vous, il s'agit de cette espèce végétale protégée que l’on croise l'été dans les alpages du Mont Joly et qui a eu l'idée de pousser au milieu des futures pistes (voir notre article). Résultat, la SAIM doit déposer une demander de dérogation au près du Conseil national de la protection de la nature (CNPN) pour destruction. Sauf que la fétuque jolie n'est pas la seule espèce protégée à jouer les troubles fêtes dans ce secteur que le business de l'or blanc veut coloniser, et c'est là que cela se complique. En fait, la SAIM va également devoir effectuer les mêmes démarches pour perturbation et déplacement des amphibiens (Grenouille rousse) et des reptiles (Lézard vivipare), destruction du Petit apollon et des habitats d'avifaune... Pour cela, il faut proposer des mesures de réduction d'impact. Or, selon l'avis de l'autorité environnementale rendu public le 25 juin dernier, « il est à noter l'absence de véritables mesures de compensation ».

Signé du directeur régional adjoint de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dréal) Rhône-Alpes, cet avis révèle également les autres manquements de l'étude d'impact réalisé par la SAIM : impacts paysagers induits, effets dus à l'augmentation du ski hors-piste, impact sur l'avifaune, zone d'étude trop restrictive... « Le document ne présente ni un périmètre d'étude adapté à la nature du projet, ni un niveau de précision de l'analyse des impacts qui permettent de répondre de manière proportionnée et satisfaisante aux enjeux soulevés par les projet de liaison des domaines skiables de Saint-Gervais et des Contamines-Montjoie », peut-on lire dans les premières lignes de l'avis conclusif de l'autorité environnementale qui s'achève ainsi : « en l'état cette dernière (ndlr : l'étude d'impact) ne permet pas de conclure à une prise en compte acceptable du milieu environnant ».

Les promoteurs décidés à mener le projet à terme

Pour la première fois, les services de l'Etat viennent donc de donner officiellement raison aux opposants au projet qui ne cessent de dénoncer son impact destructeur sur le dernier espace vierge d'aménagements touristiques dans le massif du Mont-Joly (voir notre article). « Ils ont même été plus sévères que nous », juge Laurence Mathey. Cet avis de l'autorité environnementale n’entache néanmoins en rien pour le moment la détermination des promoteurs à mener à terme ce projet de liaison. « Nous sommes dans un état de droit et nous allons respecter la loi pour mener à terme ce projet. S'il faut faire une demande d'UTN, nous la ferons. C'est une fausse question entretenue par les polémistes et relayée par les journalistes », affirme Jean-Marc Peillex. En face, les opposants n'entendent pas relâcher la pression, maintenant qu'ils ont repris l'avantage sur le business de l'or blanc. « Historiquement, tous les précédents projets ont capoté en UTN ou avant d'y arriver. Cela va être la même chose pour celui là qui est tout aussi inutile et absurde », promet Laurence Mathey. « Il n'est pour le moment pas question d'arrêter le projet », rétorque le maire de Saint-Gervais.

Un acharnement médiatique ?

On n'en a donc encore pas fini avec le dossier du pylônage du Mont Joly, n'en déplaise à Jean-Marc Peillex. C'est que le maire de Saint-Gervais nous reproche, ainsi qu'à nos confrères, de nous « acharner » contre ce projet de liaison des domaines skiables, « en relayant les actions et les propos de quelques opposants minoritaires alors que la population y est majoritairement favorable ». Et de nous mettre aussitôt en garde : « Ce n'est pas cela la démocratie. Ici, beaucoup de gens s'interrogent sur ce parti pris... et moi-même je m'étonne que votre journal ne parle que de ce projet, alors qu'il existe des projets en cours de nouvelles remontées mécaniques bien plus impactant pour l'environnement, notamment menés par la Compagnie des Alpes. » Dont acte.

Que Jean-Marc Peillex se rassure, nous n'avons pas une dent particulière contre Saint-Gervais, pas plus que contre son premier magistrat. Simplement, la question de la disparition programmée du dernier espace vierge d'aménagements touristiques dans le massif du Mont Joly mérite d'être posée dans le débat public, que l'on y soit favorable ou opposé. Ceci nous semble d'autant plus nécessaire qu'au même moment, des pratiquants et des professionnels de la montagne, des chefs d’entreprises et des maires de villages ont lancé un appel pour construire, « face aux dérives et aux fuites en avant du modèle économique actuel », une nouvelle vision pour les espaces montagnard (voir notre reportage vidéo). Il s'agit justement de la problématique de fond encastrée dans le projet de liaison des domaines skiables de Saint-Gervais et des Contamines-Montjoie : développement du ski-marketing ou préservation de nos montagnes. Entre les deux, il faut choisir.

Mikaël Chambru

 

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