Premier à répondre sur son vote concernant la charte des langues régionales, Lionel Tardy, député UMP du 74, affirme vouloir leur sauvegarde, même s'il a voté non pour la forme.

Lionel Tardy, pourquoi avoir voté non à la ratification de la charte des langues régionales ?

Il convient d’être très précis : la proposition de loi contre laquelle j’ai voté ne ratifie pas la Charte. Elle ouvre la voie à une modification de la Constitution en vue de pouvoir éventuellement la ratifier. Si j’ai voté contre, c’est avant tout pour des questions de forme. Une proposition de loi constitutionnelle (à l’initiative de députés) comme celle-ci doit être au final soumise à un référendum. A l’inverse, pour un projet de loi constitutionnelle (à l’initiative du gouvernement), un vote du Congrès suffit. Or, il faut savoir que le gouvernement n’a nullement l’intention de lancer un référendum pour cette ratification.

Le but de notre vote était simplement de voir s’il y avait une majorité suffisante… Si c’est également le cas au Sénat, alors seulement le gouvernement déposera un projet de loi en vue de la ratification. Quoi qu’il en soit, le parcours sera long et sinueux. Et la réalité est très complexe. Notre vote était un ballon d’essai, un coup d’épée dans l’eau, une pure manœuvre mathématique et c’est pourquoi j’ai refusé de m’y associer. D'ailleurs, la ministre de la Culture a l’air très incertaine dans sa soi-disant volonté de défendre les langues régionales.

Les citoyens de votre circonscription vous ont-ils massivement fait savoir qu’ils s’opposaient à une ratification ?


Les citoyens ne s’y sont pas trompés : je n’ai eu que très peu de réactions concernant cette Charte. Ils ont bien compris que l’on avait affaire à des questions de procédure plutôt qu’autre chose. Je n’ai reçu aucune réaction massive, ni dans un sens, ni dans l’autre. Je reçois beaucoup plus de réactions sur des questions liées aux dépenses publiques, à l’emploi, aux retraites ou à l’éducation, et beaucoup moins sur des sujets relevant, encore une fois, du droit constitutionnel.

En votant non, vous signifiez pourtant que la majorité des citoyens de votre circonscription est contre la sauvegarde de l’arpitan et sa promotion. Est-ce réellement la situation locale ?

Comme je l’ai expliqué, ce n’est absolument pas le sens de mon vote. Une telle interprétation relèverait plutôt du raccourci douteux et de l’incompréhension. J’ai toujours été et je resterai pour la sauvegarde de notre langue régionale et les habitants que je rencontre le sont également. Par ailleurs, le mandat impératif n’existe pas. A chaque fois que je vote à l’Assemblée nationale, je le fais en fonction de mes convictions et de l’intérêt général. Voter une proposition de loi qui, de toute façon, est vouée à ne pas aboutir, est contraire à l’idée que je me fais de la démocratie et de l’intérêt général.

Souhaitez-vous que l’arpitan soit sauvé en tant qu’élément culturel majeur de notre région ?

Bien évidemment. Il s’agit même d’une nécessité à mes yeux. L’arpitan, comme les autres langues régionales, est un élément culturel majeur de notre pays. Quitte à parler de textes constitutionnels, j’ai voté pour la révision constitutionnelle de 2008 qui a introduit dans notre Constitution cette phrase : « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France » (article 75-1). C’est bref, clair, et ça veut tout dire.

Mais là, la langue maternelle de nos aïeux semble disparaître dans l’indifférence totale et sans le soutien de nos représentants.

Je crains que vous ne surestimiez l’importance de cette charte. Nous sommes encore bien loin de sa ratification complète, et vous noterez que lors de sa signature, la France n’a envisagé de prendre que 39 engagements sur les 98 qu’elle contient ! Si ratification il y a, elle sera donc partielle. Dans les faits, ces engagements sont d’ailleurs presque tous en vigueur. La ratification ne révolutionnerait donc rien. C’est la mise en application concrète qui compte ici. Mais surtout, l’arpitan ne doit pas disparaître. C’est pourquoi nous élus devons faire preuve, comme ici, d’une extrême vigilance qui va au-delà des beaux discours.

Quelles solutions proposez-vous pour sa sauvegarde ?

Je préfère les actes concrets au niveau local, plutôt que les belles paroles. Les associations de patoisants font beaucoup plus que n’importe qui dans ce domaine. Il faut que les mairies leur apportent leur soutien autant que possible. C’est grâce au tissu associatif que cette langue pourra continuer à vivre.

Propos recueillis par Benjbe

 

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