La ville d’Annemasse a décidé de vendre un terrain exploité par un maraîcher pour y construire une mosquée. La justice a validé, medicine mais Pierre Grandchamp promet qu’il ne bougera pas. Interview.

L’affaire agite Annemasse depuis plus d'un an. Pierre Grandchamp, generic le dernier maraîcher de la ville, dosage se voit prier de laisser sa place à une mosquée. Il conteste cette décision municipale et refuse de quitter un terrain situé en zone franche qu’il estime indispensable à la poursuite d’une exploitation pour laquelle il emploie quinze personnes. Mais au mois de septembre, la Cour d’appel de Chambéry a confirmé la décision d’expulsion. Une sentence d’autant plus lourde de conséquences que Pierre Grandchamp est sous le coup d’autres procédures d’expulsion sur le reste de son exploitation désormais en sursis. Le maraîcher d’Annemasse étant lui soupçonné de racisme et d’islamophobie pour avoir flirté autrefois avec le Front National. La mère de ses enfants est néanmoins originaire de Marrakech, et cette histoire est surtout emblématique de la perte de nos terres agricoles, et du reste de nos droits acquis…

Pierre Grandchamp, depuis quand occupez-vous le terrain que l’on vous demande de quitter à Annemasse ?

Cela fait plus de 40 ans, mon père l’occupait déjà. On a d’abord été locataire, puis je l’ai acheté il y a une vingtaine d’années, mais la ville l’a préempté. Sur les 10 000 mètres carrés originels, elle en a ensuite récupéré 3000 pour faire une route, et elle m’a indemnisé, ce qui montrait bien que j’avais des droits sur ce terrain. Mais là, elle a décidé qu’on devait faire une mosquée dessus, et pour les 7000 m qui reste, je n’ai cette fois droit à rien. Le tribunal l’accepte et j’ai été condamné à quitter les lieux avant le 17 décembre. Si ne le fais pas, je devrai payer 100 euros d’astreinte par jour et on fera venir la force publique. Tout ça pour une mosquée. Mais je ne partirai pas.

Vous refusez l’application d’une décision de justice ?

Oui, mais vous savez, j’ai eu un oncle aux Glières, et ce ne serait pas une première. J’avais acheté ce terrain, et quand ils l’ont préempté, ils m’ont spolié. Si la ville vient à le revendre comme elle veut le faire aujourd’hui, j’estime être prioritaire. Vous pouvez aussi noter qu’en face, il y a un pasteur, une église évangélique. Eh bien, il a payé le prix d’un terrain à vendre et n’a rien demandé à personne. Il a fait son église sans s’adresser à la mairie. Ceux qui veulent construire une mosquée n’ont qu’à faire pareil : trouver un autre terrain en vente. On perd déjà 700 hectares par an de terre agricole en Haute-Savoie, ça suffit. Ils feraient mieux d’utiliser des terres en friches industrielles, car il y en a.

Ne serait-ce pas la construction d’une mosquée qui vous pose problème ?

Pas du tout, mais à cause de ça, la première chose que l’on dit de moi, c’est que je suis raciste. Je suis pourtant loin de l’être, étant marié depuis onze ans avec une Marocaine. Nous avons eu deux enfants, et ça lui arrive de lire le Coran, même si mes gamins vont à l’école catholique. Tout se passe très bien comme ça. Le seul problème selon moi, c’est qu’on parle de terrain agricole qu’on doit laisser à un agriculteur. Cela me fatigue de toujours répondre à ces accusations de racisme à cause de la mosquée.

On dit aussi que vous avez été un élu Front National. C’est vrai ?

Il y a environ 25 ans, j’ai monté une liste aux municipales soutenu par le Front National auquel j’ai effectivement adhéré quelques années. Mais le maire, il a été communiste, et on ne lui reproche pas des millions de morts ! Moi, je n’ai quand même pas de sang sur les mains ! Ensuite, j’ai travaillé huit ans au Maroc où j’ai rencontré ma femme et me suis fait beaucoup d’amis marocains agriculteurs.

Votre femme va-t-elle à la mosquée ?

Non, elle lit juste le Coran de temps en temps.

Mais en soi, une mosquée ne vous pose pas de problème ?

Non, un temple bouddhiste, ça serait la même chose. Ce terrain, je l’ai travaillé depuis des années et je m’estime donc prioritaire. J’ai d’ailleurs un projet photovoltaïque que je veux réaliser dessus, et je n’ai pas renoncé à le mener à bien. Je sais que ce terrain est en ville et qu’ils veulent lui retirer son statut agricole, mais tant pis, moi, je reste. Car là, on est en zone franche, et allez trouver un autre terrain zoné dans la région.


Quel est l’avantage d’être en zone franche ?

On a  une libre commercialisation de production avec la Suisse. Sinon, la frontière est fermée, et taxée. C’est pour ça que mes arrières grands-parents sont venus ici, pour pouvoir vendre en Suisse.

Il n’y a pas d’autres terrains zonés dans ce secteur ?

C’est le dernier sur le canton d’Annemasse nord, les autres sont à Gaillard.

Le maire dit que ce terrain n’est qu’une petite partie de votre exploitation, et que celle-ci n’est en rien menacée si vous partez de ces 7 000 mètres carrés.

Je loue 13 hectares à Ville-la-Grand, et on m’en exproprie déjà sept pour permettre une protection face aux crues du Foron. Là, je veux bien, il y a une raison d’utilité publique. Et puis ce terrain est loin de ma base, alors que celui d’Annemasse est juste à côté.

Ville-la-Grand, c’est aussi en zone franche ?

Oui.

Sept hectares, c’est tout de même plus ennuyeux que 7 000 mètres carrés.

La proximité du terrain cultivé est vraiment importante, et puis je ne peux rien faire contre l’utilité publique. A Annemasse, il n’y pas d’utilité publique. On peut construire la mosquée ailleurs.

Il va vous rester quoi si vous perdez ces terrains à Annemasse et Ville-la-Grand ?

Le centre de mon installation à Annemasse, où je suis à la fois propriétaire et locataire. Mais pour ça, je passe aussi le 3 décembre au tribunal pour expulsion, car on veut faire des immeubles à la place.

Vous risquez en fait d’être expulsé à trois endroits différents.

Oui ! Bon, pour cette dernière, ce n’est pas encore jugé et je la conteste. Mais de toute façon, je n’admettrai que la procédure qui relève de l’utilité publique, pour laquelle je n’ai d’ailleurs pas fait de recours.

Si vous perdez le 3 décembre, vous restera-t-il encore de quoi exercer votre activité ?

Non, là, je serai contraint de fermer. Il me restera un petit bout de terrain, mais plus de batiment, plus de frigo, plus rien.

On ne vous propose pas du terrain à exploiter ailleurs ?

Il n’y a plus de terrain disponible en zone. Et ailleurs, que voulez-vous que je fasse ? Que j’aille vendre ma marchandise à Lyon ?

Pourquoi pas ? Il y a uniquement un marché avec la Suisse ?

Oui, et tous les maraîchers sont en zone franche.

Mais pourquoi n’y a-t-il pas aussi un marché côté français ?

Produire des légumes en Haute-Savoie n’est pas concurrentiel avec ce qui se fait en Espagne ou dans le midi, vu le climat qu’on a. Notre marché, il est en Suisse. Donc je ne partirai pas d’ici.

Que ferez-vous si on envoie la police pour vous évacuer ?

Je ne sais pas comment ça va finir, mais je suis dans mon droit. On verra.

Regrettez-vous d’avoir été impliqué au Front National, ce qu’on vous reproche beaucoup aujourd’hui pour laisser entendre que c’est la mosquée qui vous pose en fait problème ?

Non, je ne regrette rien du tout. Il faut bien que jeunesse se passe ! Allez demander au maire s’il regrette d’avoir été communiste !

Votez-vous encore pour le FN ?

Non, aux deux dernières présidentielles, j’ai voté Sarko. C’est sûr que ce n’est pas à gauche, mais cela n’a aucun rapport avec l’occupation de mon terrain.

Propos recueillis par Brice Perrier


Retrouvez ici la page facebook de soutien au maraicher d'Annemasse.

Pour signer la pétition appelant à préserver cette zone maraichère et agricole, c'est ici.


 

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