L'économiste et sociologue Silvia Pérez-Vitoria est convaincue que notre salut passera par les paysans. Elle annonce leur retour et prône la diversité agriculturelle. (dossier caddie vert)

Sylvia Pérez-Vitoria, information pills alors qu’on aurait tendance à  croire qu’ils disparaissent, dosage vous publiez un livre intitulé Les paysans sont de retour. Pourquoi ce titre ?

Parce qu’il existe aujourd’hui des organisations mondiales paysannes qui agissent. C’est nouveau dans l’histoire de la paysannerie. Les paysans ne se contentent plus de subir, ils sont en train de dire des choses, de faire des propositions, de mettre en marche des actions.

Quelles sont celles qui peuvent être menées en pays de Savoie ?

Tout ce qui se fait au niveau international est décliné au niveau national voire régional. Par exemple les réseaux de semences qui se sont développés un peu partout, pour assurer la biodiversité. Il y a le fait de changer de forme de travail, de type d’agriculture. Il y a aussi la question de l’accès à la terre qui est très importante. Toutes ces questions peuvent se décliner localement selon les formes d’organisation des paysans. Et ainsi prouver qu’on peut avoir une autre agriculture, un autre rapport à la nature.

Vous dites que le XXIéme siècle sera paysan ou ne sera pas…

Sur les choses essentielles, la biodiversité, l’eau, quel type d’alimentation, la faim dans le monde, je pense qu’il n’y a pas de solution hors des paysans. Ils ne vont pas tout régler seuls, mais ils sont le fondement de la solution d’un certain nombre de problèmes. Par ailleurs, avec un baril de pétrole à 100 dollars, voire plus, ce qui n’est pas du tout inenvisageable, on ne pourra plus trimballer la production d’un bout à l’autre de la planète. Il va donc falloir des gens qui travaillent la terre autour des villes pour nourrir la population.

Qui va le faire ?

Aujourd’hui, le métier de paysan est tellement dévalorisé... mais on pourrait donner à des jeunes chômeurs la possibilité de travailler dans l’agriculture. Beaucoup souhaitent d’ailleurs s’installer, mais ils n’ont pas accès à la terre. On a considéré que c’était une question réglée, qu’un pays développé ne devait pas avoir de paysans. C’était un signe de modernité. C’est une erreur fondamentale. Mais les sociétés ont les capacités de reconsidérer les choses. Il faut qu’il y ait une prise de conscience. C’est vital.

Vous y croyez ?

Quatre scénarios pour l’avenir ont été faits par le ministère de l’Environnement et l’un d’entre eux prévoit 120 000 exploitations. On en a 600 000 aujourd’hui. Mais un autre scénario prévoit de réinjecter un million d’actifs dans l’agriculture, donc ce que je suis en train de dire n’est pas de l’utopie. C’est envisagé avec une agriculture 100% bio, des exploitations d’environ 60 hectares, des urbains venant travailler dans l’agriculture car il y a des emplois et des conditions de vie attractives, des filières de transformation locale, des centrales d’achat déconcentrées. Tout cela est possible, mais il faudrait protéger les frontières.

Cela passe par du protectionnisme ?

C’est indispensable. Si vous avez dans le monde des différences de productivité de 1 à 500 ou de 1 à 1000, comment se mettre en concurrence ? On dit qu’il faut défendre la diversité culturelle, on devrait faire la même chose pour la diversité agriculturelle. Et protéger notre agriculture comme notre culture. Chaque pays devrait avoir le droit de produire ce qu’il veut dans les conditions qu’il veut et qui sont les siennes. La nature, ce n’est pas comme un pantalon ou une chaîne hi-fi, c’est quelque chose de local qui répond à des conditions particulières. Et puis il y a des habitudes alimentaires, des habitudes de travail.

En raison des spécificités de la terre, les solutions devraient donc être locales…

Oui, dans l’autonomie locale et la diversité. Il n’y a que ça.

Les paysans sont de retour, de Silvia Pérez-Vitoria, Actes Sud

Propos recueillis par B.P.

(publié dans le numéro 7 de la VDA, avril 2006)

 

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