Le poète savoyard Jean-Vincent Verdonnet vient de nous quitter. Rémi Mogenet lui rend un hommage poétique qui témoigne du charme enfantin et mystérieux de son œuvre.

Le poète savoyard Jean-Vincent Verdonnet a quitté ce monde le 15 septembre dernier. Né à Bossey en 1923, approved il passe son enfance à la campagne, information pills surtout à Pers-Jussy, chez ses grands-parents. Il effectue ses études secondaires à Thonon, puis de droit à Lyon. Il fait ensuite carrière dans l'industrie, avant de se consacrer à la poésie et de publier plus de trente ouvrages et de collaborer à une centaine de périodiques littéraires, d’anthologies et divers, en France et à l'étranger. Les marques de reconnaissance, à l'égard de son œuvre, sont nombreuses : des essais lui ont été consacrés, des numéros spéciaux de revues, des colloques universitaires, et il avait reçu de nombreux titres. Certains étaient liés à ses activités durant la Seconde Guerre mondiale, ayant été Résistant et blessé en Allemagne. Bref, il s'agissait d'un écrivain reconnu, figurant en bonne place dans les anthologies et les histoires de la poésie française contemporaine.


Saisir l’essence du souvenir

Par son style, Il appartenait à l’école de Rochefort, mêlant les figures du songe à la contemplation du paysage dans un style rigoureux - son plus illustre représentant étant sans doute René-Guy Cadou. Il s’efforçait de saisir l’essence du souvenir, de ce qui secrètement l’anime. La beauté de ceux de l’enfance le fascinait: ils semblaient ouvrir sur un monde autre, puisque l’enfance même est, dit-on, proche des anges. Cependant, ceux-ci se rapportant à une doctrine religieuse explicite qui eût brisé le charme spécifique du souvenir, il se refusait à les nommer, préférant demeurer dans l’impression diffuse et profonde, au-delà des idées trop claires de la théologie. Il tâchait de capter ce qui dans la nature même pouvait subsister du charme qu’elle avait eu lorsque les yeux de l’être humain s’étaient ouverts, avant que sa pensée ne se mît distinctement en marche. On pourrait dire, ainsi, qu’il a placé dans le filet magique de ses mots la substance spirituelle du paysage du Genevois savoyard, qui l’avait vu naître.

Une substance éternelle

À la perspective angoissante de la mort, il opposait, précisément, cette substance, cristallisée dans ses vers, et regardée par lui comme immortelle - éternelle. S’il rejetait le religieux, en privé, il appréciait qu’on parlât des êtres élémentaires, des gnomes animant la nature sensible. Or, dans nombre de ses poèmes, il allait tout de même jusqu’à attribuer aux étoiles une profondeur morale, comme lorsqu’il déclare qu’elles peuvent apporter le salut. La beauté du couchant, des soirs d’automne, annonçait également un monde sublime, dans lequel, pour reprendre une de ses images, les chevaux enchantés de la lumière tourneraient en une sorte de manège infini !

Témoin d’une époque disparue

L’enfance servait de référence aux personnifications : le soleil offrait ou reprenait ses billes, et le miel se chargeait de lueurs magiques. Jean-Vincent Verdonnet était le témoin d’une époque disparue, qui apparaissait comme plus belle : il rappelle ce que Henry Bordeaux disait de son Chablais natal, qu’il s’agissait d’une Atlantide, d’un monde fabuleux qui avait été mais n’était plus!

Puisse-t-il à présent chevaucher les chevaux transfigurés du vieux manège jusqu’au cœur palpitant des astres, où les amis des hommes certainement l'attendent !

Rémi Mogenet


Pour clore cet hommage, voici trois des poèmes de Jean-Vincent Verdonnet.


Ecoute grincer les volets 
que tu fermes
encore une fois
De la main caresse le dos
des livres auxquels tu dois tant
puis allume un dernier fagot
résumant ce qui fut ta part
Lors il ne te restera plus
qu'à gagner à jamais les terres
où n'a pas de fin le sommeil
et la compassion des neiges


 

Dans cet âcre tonneau
qui contenait l'avoine des chevaux
l'enfant voyait s'ouvrir
les grilles d'un jardin de signes



Vient l’heure du regret des frasques
mais pour le pardon des étoiles
il te faut attendre la nuit

 

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