En se remémorant la ferme de son enfance, see Berto, nostalgique d'une paysannerie de subsistance, s'insurge contre une agriculture empestée par le cancer de la rentabilité.

Adieu vaux, vaches, cochons, couvées. Bonjour les œillets de poète écrasés par les charrues des laboureurs. Le salon de l’agriculture de Paris continue de célébrer avec faste les aberrations agraires du monde occidental. Le père Richard, chez qui je gardais les vaches durant mes vacances scolaires d’été en Savoie, vivait encore en économie de subsistance. 4 hectares de terre, 4 de bois, un verger de pommiers, un arpent de vigne, une basse-cour de poulets et de canards qui trouvaient leur pitance sur le tas de fumier trônant devant l’étable de la vieille ferme, une vache appelée la Bocharde qui lui fournissait lait, beurre, plus un veau tous les deux ans, une paire de bœufs pour les labours et les déplacements, un cochon qui adorait se vautrer dans une mare bourbeuse, un four à pain, cinq ruches de paille, un potager et basta ! Avec ça il fallait vivre 365 jours par an et produire de l’excédent en blé, en lait, en miel et en fruit pour récupérer un peu d’argent servant à acheter les bleus de travail, les pièces de rechange pour le brabant et la faucheuse. Quant à la piquette, je ne vous le "dis pas". Elle aurait réveillé un mort.

Le père Richard qui vivait avec sa vieille mère, tout de noir vêtue, n’avait pas trouvé de payse pour partager sa rude vie que pourtant il n’aurait pas changé pour tout l’or du monde. Il aimait la terre, les arbres, sa Bocharde qui l’avait si bien servie et qui est morte de vieillesse. Il aimait ses abeilles. En revanche les canards et les poulets étaient considérés comme de la nourriture et quand d’un œil torve il scrutait l’un de ces « bétians », je savais que nous aurions de la volaille au déjeuner du dimanche.

Sont-ils encore des paysans ?

Aujourd’hui, regardez, regardez bien ces énormes taureaux gras, polis qui ont du mal à se mouvoir, tant ils sont lourds et suralimentés. Regardez bien ces vaches aux mamelles énormes boostées aux hormones, ces champs de blés impeccables, sans le moindre coquelicot, la moindre fleur sauvage impitoyablement éliminée par les désherbants toxiques de Monsanto ou Novartis. La farine obtenue par ce blé trafiqué, gorgé d’engrais chimique, est si pauvre qu’il faut lui adjoindre du gluten en grande quantité pour la rendre panifiable. Regardez ces paysans : sont-ils encore des paysans ? Aiment-ils vraiment leurs bêtes et leurs terres comme ils le prétendent ? Moi, j’affirme que non. Ces gens-là, le capitalisme et ses banques prospères les ont transformés en industriels soumis à la loi des marchés. Contraints perpétuellement à la performance, ils ne se soucient guère de la qualité de leurs productions. Une seule chose compte à leurs yeux : la rentabilité. Piégés par le système et les perfidies des mafias de l’agroalimentaire, il leur est désormais impossible de revenir en arrière et certains qui, des années durant, en ont bien profité, se retrouvent aujourd’hui au bord du dépôt de bilan. Comme il se doit en pareilles circonstances, les plus forts, les plus cyniques bouffent les plus faibles jusqu’à ce qu’ils tombent eux-mêmes dans la grande mangeoire des mafieux de l’économie qui veulent financièrement contrôler le monde.

Imaginez-vous des éleveurs qui se refusent à consommer les poulets, les cochons ou les veaux qu’ils élèvent en batterie ? Ne croyez pas qu’ils soient devenus végétariens, non, pas le moins du monde. Loin de leurs hangars, camps de concentration d’un bétail malmené - bourré de boosters de croissance et d’antibiotiques et voué à la consommation de masse - ils dissimulent dans de vieilles granges et sur des terres salubres, leur bétail personnel, destiné à leur propre consommation. Là, veaux, vaches, cochons, couvées mènent une existence paisible et bien nourrie jusqu’au moment de passer à la casserole.

Pas question de croquer la pomme

Regardez ces pommes luisantes sans le moindre défaut, ces tomates bien rondes, ces légumes parfaits. C’est l’œil qui a été privilégié au détriment du goût et de la salubrité. Quand on vous dit de manger 5 fruits par jour, attention danger ! Pas question de croquer la pomme. Il faut d’abord soigneusement la peler. Tous ces produits sont bourrés de chimie dangereuse pour la santé des humains et personnellement, je vous conseille, même si cela coûte un peu plus cher, de vous approvisionner dans des magasins bio aux labels certifiés. Beaucoup d’agriculteurs qui, des décennies durant, ont aveuglément pulvérisé dans leurs champs et leurs vergers des produits nocifs ont développé vers la cinquantaine des cancers particulièrement agressifs. Certains sont allés jusqu’à déposer une plainte contre Monsanto ou Novartis. Ils savaient donc et ça ne les a pas retenus. J’admets que la punition est sévère mais combien de cancers foudroyants ont été provoqués par la malbouffe et par l’air des campagnes saturé de pesticides ? Il est grand temps que les paysans de notre douce France se ressaisissent et arrêtent une fois pour toutes de ne songer qu’au profit immédiat. A bas la FNSEA. Vive la Confédération paysanne et l’agriculture biologique.

VIVAAAAAAAAAAAAAA !

Jean Bertolino

 

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