La vague des Charlies a engendré un vaste troupeau d'êtres pressés et frustrés de ne pouvoir acheter leur nouveau canard préféré. Le professeur Claudius en témoigne.

Comme tout le monde, generic il me le fallait. Animé par cette étrange pulsion de possession, cure je sautai donc dans ma caisse, viagra 100mg et dévalai plein gaz la montagne. Prenant tous les virages à l’envers, j’enfourchai chaque porte. Le pire slalom de l’histoire. Et finis naturellement par débouler dans mon élan, du sable encore plein les yeux, dans le kiosque le plus proche de chez moi, là, presque au pied de mon lit. Précipitation vaine. J’avais beau zieuter le moindre présentoir dans un mélange de frénésie et d’impatience mal contrôlée ; rien. Charlie s’était déjà fait la malle. Et avec lui tous les autres titres de la presse nationale. C’est à peine s’il restait un exemplaire de La Tribune qui semblait me dire : « S’il te plait, adopte-moi ! » Faut pas déconner non plus ! Une nouvelle fois, je bondis dans ma bagnole à la marque aux chevrons.


Plume rouge, fond jaune

Un kilomètre plus loin, deuxième kiosque. Et… même scénario. Là aussi, pas de petit Charlie. Enfin, plus de petit Charlie. Re-bagnole, re-démarrage en trombe, les yeux rivés sur la moindre bicoque, à l’affut de la fameuse plume écarlate sur fond jaune des maisons de la presse. Je pilai plein d’espoir devant une nouvelle boutique de bonne taille, mais avant même d’en avoir franchi le pas de porte, ma course fut stoppée, nette. Une affichette trônait sur la porte vitrée : « Plus de Charlie, merci. » Merci ? Merci quoi ? Merci mon cul, oui ! Dépité (et les nerfs à vif), j’entrai tout de même, histoire de constater par moi-même, et d’assister à la même scène désolante et répétitive de lamentables présentoirs désormais inutiles, vidés de tous leurs titres. Par dépit, je faillis me rabattre sur une pile de Voici qui squattait dans un coin, afin d’étancher ma soif d’achat inassouvi. Mais, je repris mes esprits à temps, et sortis de cet enfer.

Queues soviétiques

Mais putain, il est où Charlie, nom de dieu ? Ils sont où les soi-disant millions d’exemplaires annoncés ? J’en étais à ces réflexions, planté sur le trottoir, quand soudain je m’aperçus d’un drôle de manège. Déboulant de nulle part, des dizaines d’autres silhouettes encore ensommeillées, pâles et fripées, s’engouffraient furieusement dans la boutique avant de repartir aussi sec, pourchasser d’autres kiosques à journaux, telle une nuée de Scathophaga stercoraria (mouche à merde en français du cru) courant le moindre arrière train bovin. Une grande peine m’envahit d’un coup. Un peu penaud, je me réfugiai dans le café le plus proche devant un petit black bien serré, avec la gueule de bois d’une ménagère de moins de 50 ans rentrée bredouille un jour de soldes chez Tati. Je pensais : moi au moins j’achète la presse tous les jours… J’échangeai même quelques mots acidulés avec le patron sur ces « pantins » formant des queues de type soviétique dès 6h du mat’ pour décrocher l’insaisissable sésame. Exutoire pathétique. Car, il fallait bien se rendre à l’évidence : aujourd’hui, l’âme poétique et rêveuse du Grand Duduche, ombre éternellement jeune du maître Cabu, m’avait quitté, et j’étais devenu, ne fusse que pour quelques instants, son parfait opposé, le « beauf », dans toute sa splendeur. Je pensais à Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré, ah….Ils devaient bien se marrer là-haut ! Ils devaient même avoir commencé à en faire des dessins.


Macache oualou

La nuit suivante fut agitée. Les têtes de Cabu, Wolinski et Charb énormes, posaient sur des corps minuscules, tournaient au dessus de mon oreiller en répétant : « Tu n’en auras pas heu… , Tu n’en auras pas heu… ». Je me levai aux aurores, ou presque... Et, à 8h20, fébrile, j’étais de nouveau planté devant la maison de la presse de Cognin, grande banlieue chambérienne. Belote et rebelote. Même affiche que la veille : Plus de Charlie Hebdo pour aujourd’hui. Prochaine livraison demain 6h. Je croisai alors le regard du gérant : «  Vous cherchez Charlie Hebdo ? Il n’y en a eu que 5500 distribués dans toute la Savoie, et nous, on en a reçus seulement 10 aujourd’hui. Hier, on a ouvert à 8h, et à 8h03 on n’avait déjà plus rien. Vous vous rendez compte ? »Ouais l’ami ! J’me rends surtout compte que pour moi Charlie Hebdo ce sera : Macache oualou ! , comme dirait l’ bédouin en cherchant une once de second degré dans la tête d’un barbu.

Prospectus verdâtre

Trois jours plus tard, au boulot, une collègue s’approcha de moi et me tendit ce qui semblait n’être qu’un vulgaire prospectus : « Tiens, mon mari a fini de le lire, et il voulait pas forcément l’ garder. J’me suis dit que toi qui aimes les journaux ça pouvait t’intéresser… » Je reconnus alors la fameuse couv’ verte ornée du prophète lâchant sa larmichette. « Ah, euh… oui. Merci », répondis-je sur un ton faussement détaché. Intérieurement, je frétillais, je bouillais. Du magma en fusion.

Depuis, ne pouvant pas épouser ma collègue, déjà liée à un autre gus, j’ai installé dans mon appartement une petite statue à son effigie au pied de laquelle je dépose religieusement des pétales de rose parfumées le matin et des cierges à la cannelle le soir venu. Quant à Charlie, il reste encore et toujours quasiment introuvable à travers toute la Savoie.

Professeur Claudius

 

Notre fil twitter

Vos produits savoyards

Bannière