Depuis 30 ans, find La Biolle célèbre le cinéma et la ruralité dans un festival à nul autre pareil. Alors que débute aujourd'hui sa nouvelle édition, sale Fred revient sur son histoire.

30 piges. Et vous, vous faisiez quoi il y a 30 piges ? Peut-être étiez-vous en train de tripatouiller votre tout nouveau décodeur Canal + en maudissant le malheureux boîtier incapable de vous fournir la moindre image nette, ou vous trémoussiez-vous frénétiquement sur l’air synthétisé des « Sunlights des tropiques » de notre Steevie Wonder national, Gilbert Montagné, ou encore étiez-vous tout entier occupé à fêter la chevauchée victorieuse du « Blaireau » Hinault dans la touffeur de son ultime Tour (d’honneur) maîtrisé de la tête et des épaules ? Eux, une poignée de Biollans, s’échinaient alors à monter brique par brique la structure d’un festival atypique qui fait encore référence aujourd’hui. Coup d’œil dans le rétro.

Berto se remet à penser au sens de la vie, site à notre rapport à la terre, advice au ciel, store et au temps des cavernes où il se verrait bien en peintre thaumaturge. Le spleen de noël, quoi.

Chaque année, à l’approche de noël, il me prend l’envie de pontifier. Étrange n’est-ce pas ? Pourtant cette fois-ci, je ne vais essayer de ne pas le faire et me contenter de partager une réflexion ontologique avec vous. Je ne vais pas accumuler de « puisse » du genre « puissent les hommes prendre conscience de ». Je ne vais surtout pas formuler de souhait. Simplement, le plus simplement du monde, je vais reposer la question que tous les philosophes se posent depuis l’aube des temps. Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ?


Basique comme un naturaliste

Rassurez-vous, je ne vais pas vous citer les Socrate, Platon, Aristote, Kant, Hegel, Spinoza, Nietzsche et autres. Je ne ferai même pas allusion à Saint Augustin, c’est dire ! Je ne vous parlerai pas de Montaigne ou de Pascal bien que le « parce que c’était lui, parce que c’était moi » et le « roseau pensant » m’aient beaucoup marqué. Je ne ferai pas la moindre allusion non plus à Marx l’inventeur de la « plus-value » et le promoteur de la lutte des classes, ou à son pote Engels qui dans la dialectique de la nature a écrit des pages admirables sur l’évolution de la vie. Non, je vais m’efforcer d’être basique exactement comme le serait un naturaliste qui ne croit ni à dieu ni à diable. Qui sommes-nous donc ? De la matière issue des protéines initiales qui, grâce à la grande centrifugeuse qu’est la terre, s’est vitalisée et complexifiée. D’où venons nous ? De la terre, bien évidemment. Et où retournons-nous ? Dans la terre, pardi ! C’est écrit noir sur blanc dans la bible : « Tu es poussière et tu redeviendras poussière ».


En ce temps là...

Quand je pense que nous sommes quelques milliards d’individus perdus dans l’immensité sidérale sans espoir de pouvoir un jour aller coloniser un autre lieu de vie et que nous nous acharnons tous les jours, aveuglément, à détruire celle qui nous a engendrés, que voulez-vous, ça me fout les boules. Souvent, je rêve que je suis un chasseur-cueilleur de l’époque magdalénienne. Pas celui qui tue, non celui qui dans les grottes, patiemment, avec un coup d’œil précis et une technique très affirmée, peignait les bestiaires. En ce temps-là, il n’y avait pas de frontière, pas d’Etat, pas d’administration, pas d’impôt, pas d’énarque : seulement des hordes qui suivaient les troupeaux et prélevaient leur part. Les superbes, que dis-je, les magistrales fresques pariétales des grottes Chauvet, Lascaux, Niaux, n’étaient pas que de l’art pictural. C’était aussi de la magie et les auteurs de ces chefs-d’œuvre avaient une fonction de thaumaturge. Leur but était de fixer pour la postérité l’âme du gibier qui allait être tué, car tout en se repaissant de sa chair, ils lui restituaient ainsi une forme d’éternité. Si nous étions restés comme ça, il n’y aurait pas de surpopulation, pas de réchauffement climatique, et nous ne serions pas devenu le cancer de la biosphère. Mais qui voudrait aujourd’hui vivre ainsi ? Nous avions des mains. Nous nous en sommes servis et nous avons façonné notre environnement de façon exponentielle. 


Une intelligence sans cupidité est possible

En vérité, si des prophètes mal inspirés n’étaient pas venus nous seriner dans les oreilles que nous étions êtres supérieurs, des créatures divines et que cette planète nous était donné pour que nous y croissions et nous y multiplions à notre guise, peut-être ne l’aurions-nous pas saccagé à ce point. Au lieu de croire au ciel, nous eussions mieux fait, comme les anciens, de croire à la terre. Nous n’en serions pas ou nous en sommes. Quand je pense que l’on égorge encore au nom de Dieu en Afrique et au Moyen Orient, que l’on s’entretue entre Russes et Ukrainiens par orgueil national, que les pilleurs de richesses s’amusent à spéculer sur la ruine des nations et continuent de polluer, de déforester, de bétonner parce que ça leur rapporte du fric, il m’est de plus en plus difficile de croire à l’avenir de notre espèce. Pourtant, je ne suis pas pessimiste et je me dis souvent qu’une intelligence sans cupidité est possible. Si elle n’a pu s’épanouir sur la terre, elle le fera quelque part ailleurs. L’univers est si vaste… Bonnes fêtes de Noël à toutes et à tous.

Jean Bertolino

 

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