Pour Berto, le Kurdistan serait le meilleur rempart face la terreur djihadiste au Moyen Orient. Mais pour vaincre l'Etat islamiste, il faudrait un Etat kurde. Avis aux occidentaux.

Dans les années 1960 et 70, je fus l’un des rares reporters de guerre à m’intéresser aux Kurdes. Plusieurs fois j’ai passé clandestinement les frontières d’Iran et d’Irak pour rejoindre les peshmergas en lutte contre les gouvernements tyranniques de Bagdad ou de Téhéran, puis contre le régime de Saddam Hussein et la République islamique de Khomeiny. Il m’est arrivé d’être arrêté, houspillé, et finalement relâché car dans les situations dangereuses, je savais très bien jouer les innocents. Je m’étais trouvé un métier en or pour justifier ma présence dans les zones interdites aux touristes : l’archéologie. J’étais toujours en quête d’un bas-relief assyrien ou d’un tombeau achéménide perdu dans les montagnes. Lorsque mes geôliers me demandaient : « mais vous ne savez pas qu’il y a une guerre ici ? » Une guerre, mon dieu non ! Les journaux n’en ont jamais parlé. Il y a une guerre, vraiment ? Si oui, elle est secrète. Comment vouliez-vous que je le sache ? En ce temps-là, les militaires iraniens ou irakiens n’avaient pas encore été infectés par le « djihadisme » et ne nourrissaient pas vraiment de haine à l’encontre de l’Occident. Souvent, leurs officiers allaient parfaire leur formation aux États-Unis, en Grande-Bretagne ou en France.


Les cocus de l'histoire 

Si la même chose m’arrivait aujourd’hui, pauvre de moi ! On ne croirait plus à mes pieux mensonges et si par malheur je tombais sur un barbu, gare à ma tête ! Mes gardes à vue à l’époque ne dépassaient pas 48 heures. Ensuite, on me relâchait et je m’empressais de trouver un autre passage, plus à l’écart des postes frontaliers. Les Kurdes, on en parle beaucoup aujourd’hui. Le traité de paix de 1920 signé avec les Turcs ottomans à Sèvres - faisant suite au traité de Versailles de 1919 signé avec les Allemands - avait été consacré au démantèlement de leur Empire. Il prévoyait la création d’un Kurdistan indépendant. Hélas, les combats victorieux de Mustapha Kémal contre les Grecs et la découverte de sites pétroliers importants dans la zone kurde de Mossoul a totalement changé la donne et en 1923, le traité de Lausanne mit fin à un grand rêve. Oubliées les promesses des alliés. Les Kurdes, victimes de la realpolitik, furent les cocus de l’histoire. Leur Etat ne verra pas le jour et ils vont être condamnés à vivre sous le joug de quatre nations différentes : la Turquie, la Syrie, l’Iran, et l’Irak.

Surtout ne pas refaire les cartes 

Depuis, les révoltes n’ont jamais cessé et les grandes puissances ont toujours été sourdes à leurs appels de détresse. Voici qu’aujourd’hui on les regarde différemment à Washington, Londres, Berlin, ou Paris. Face à la peste islamique, ils sont désormais le seul rempart. Alors, on les aide, mais pas trop quand même, juste ce qu’il faut pour qu’ils puissent cogner sur les barbus mais surtout pas pour qu’ils puissent marcher victorieusement sur Bagdad, Damas, ou encore sur Diyarbakir, la grande cité du Kurdistan de Turquie. Surtout ne pas refaire les cartes. Voilà pourquoi les peshmergas sont privés d’armes lourdes, d’hélicos, de blindés. Messieurs les Occidentaux, ne leur demandez pas l’impossible. Si vous voulez anéantir ce califat de malheur, il faut y mettre le prix. Vous ne pouvez pas louer les Kurdes quand vous avez besoin d’eux et les oublier quand ils ne vous sont plus utiles. La création d’un Kurdistan indépendant serait dans la région un contrepoids efficace face aux dérives islamiques, nées de vos intrusions politiques, financières, économiques dans un monde arabe qui, las de perdre ses guerres contre vous ou votre avatar Israël, tend à se tourner vers un dieu vengeur. Vive le grand Kurdistan libre !

Jean Bertolino

 

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