Un de nos anciens collaborateurs envoie d'Alger, où il réside désormais, un billet pour nous parler de la présidentielle qui va se tenir là-bas jeudi. Une élection dont il annonce le vainqueur.

Il est 5 heures le matin quand dans l’aube épaisse les Algérois s’éveillent au chant de Muezzin. A trois jours du scrutin national, il plane une atmosphère calme dans les rues de la capitale. La campagne électorale n’a pour ainsi dire pas grand-chose à voir avec ce que l’on connait en France. Pas de tractage sur les marchés, six candidats, deux font parler d’eux et surtout… l’issue du scrutin est connue d’avance. En avant-première pour les fidèles lecteurs de La Voix, je vous annonce que Bouteflika va rempiler pour un 4e mandat.


Un challenger

Le prétendant qui pourrait faire vaciller l’ancien ministre de Boumediene, c’est son propre ancien premier ministre, Ali Benflis. Les Algérois ne s’intéressent pas aux votes considérant que les jeux sont faits d’avance. Certains n’iront pas voter contre les mises en garde du Walli d’Alger qui a assuré qu’il faudra montrer sa carte d’électeur pour accéder au logement social. Les jeunes sont assez réceptifs aux discours de Benflis. Ceux qui iront voter voteront pour le challenger, même si, comme le concède Amel, « il fait partie du système ». Elle avoue vouloir sortir du marasme algérien et de l’immobilisme dans lequel Boutef a jeté le pays.

Un Président avec toutes ses facultés...

Benflis rempli les stades alors que l’équipe de Boutef pousse fortement les salariés du secteur public à se rendre à ses meetings. D’après El Watan, les journées des meetings de Boutef sont fériées et payées pour inciter le personnel à se rendre aux réunions publiques. Les individus n’y vont pas pour voir l’actuel président. Il n’aura fait aucun meeting. Son directeur de campagne Sellal, 1er ministre avant les 21 jours de campagne, assure que le Président va bien et qu’il a toutes ses facultés. Une belle sœur d’un ministre me confiait il y a quelques jours que « ne pas voter Boutef reviendrait à ne pas vouloir voter pour un handicapé. Et que dire des conseils de ministres qu’il n’a pas tenu depuis plusieurs mois ?  C’est faux, il réunit ses ministres toute les semaines dans son appartement. »

La peur du retour aux années 1990

En réalité les pro boutef vont voter pour la reconduction de l’actuel président pour deux raisons principales. D’abord, voter Boutef c’est, selon eux, assurer une stabilité dans le pays. Le compagnon de route de Boumediene est en effet à l’origine de la concorde nationale qui a valu la paix après les dix années noires de terrorisme. Les algériens sont terrorisés et ne veulent pas retomber dans les problèmes des années 1990. A la suite d’élections, l’armée et les islamistes s'étaient disputés la victoire entrainant le pays une décennie sanglante. Les Algériens craignent que cela recommence en cas de défaite de Boutef.

Un rêve pour Churchill

Voter Boutef, c’est aussi un signe de reconnaissance. Ici en Algérie, on ne vote pas pour le programme de l’avenir mais pour remercier les dirigeants du travail effectué. Churchill, battu après la deuxième guerre mondiale, aurait sans doute aimé cette attitude populaire… En attendant, dans les rues d’Alger, les panneaux électoraux sont trustés par les affiches d’un président au regard bleu azur. La mention « photo non contractuelle » devrait être apposée sur les affiches, tant le président n’est pas le même homme entre les affiches et la réalité.

Place à l'après 17 avril

Maintenant, le climat n’est pas aussi délétère que certains reportage de télévision semblent montrer. Certes la police est partout, mais c’est plutôt rassurant dans un pays où la menace d’attentat plane toujours.

Certains prédisent un après 17 avril compliqué. D’autres estiment que rien ne changera.

Olivier Crépeaux

 

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